Milieux de travail cruciaux dans la réforme de la loi 101, disent les oppositions

Le ministre Simon Jolin-Barrette à Québec, le 6 mai dernier © PC, Jacques Boissinot Le ministre Simon Jolin-Barrette à Québec, le 6 mai dernier

Plus que les villes au statut bilingue, la langue de travail doit constituer un élément central de la réforme de la loi 101 que présentera le gouvernement Legault jeudi, selon les partis d’opposition.

«Si Simon Jolin-Barrette ne s’attaque pas à ce problème-là, sa réforme va être de la poudre aux yeux», a résumé Gabriel Nadeau-Dubois, de Québec solidaire, mercredi matin.

Par la voix de son ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, le gouvernement du Québec devrait présenter jeudi son projet de réforme de la loi 101 sur la protection du français au Québec. Une réforme qui a fait jaser et couler beaucoup d’encre dans les derniers mois, le ministre Jolin-Barrette promettant entre autres des «mesures costaudes».

La création d’un ministère et d’un poste de commissaire à la Langue française est attendue, tout comme le contingentement des cégeps anglophones pour les étudiants francophones.

Un coulage médiatique révèle que des villes et municipalités au statut bilingue perdraient ce statut si l’on n’y recense plus au moins 50 % de citoyens anglophones.

Selon le site de l’Office québécois de la langue française, 89 villes, municipalités, villages et arrondissements du Québec sont reconnus comme bilingues. Mais plus de la moitié de ces entités municipales ne respecteraient plus le critère d’avoir au moins la moitié de leurs résidents de langue maternelle anglaise.

«Qu’on agisse au niveau municipal, on n’a rien contre à Québec solidaire. Mais là où le bât blesse depuis des décennies, au Québec, c’est les pratiques des entreprises, particulièrement les grandes entreprises qui sont mises à exiger l’anglais pour n’importe quoi, pour n’importe quelle job, puis pour n’importe quelle raison», a fait valoir le co-porte-parole solidaire Nadeau-Dubois, lors de sa mêlée de presse matinale au lutrin du hall du parlement.

«Les acteurs, au Québec, qui ont contribué à l’anglicisation progressive du marché du travail, ce n’est pas les immigrants puis les immigrantes, c’est les grandes entreprises qui, maintenant, demandent l’anglais pour n’importe quelle job à n’importe quelle raison», dit le représentant de QS.

Lundi, son parti a déposé un livre orange, de la couleur de son parti, contenant 21 propositions sur la protection du français au Québec.

L’impact de chaque mesure

Député de Pontiac, en Outaouais, le leader parlementaire du Parti libéral du Québec, André Fortin, compte plusieurs villes bilingues dans sa circonscription. Selon lui, une seule ne respecterait pas le critère du 50 % d’anglophones.

«Les services à la population anglophone, c’est un droit. En même temps, on va vouloir voir des mesures bien précises pour la protection et la promotion de la langue française. Si le gouvernement pense que de revoir la loi sur les services offerts dans les municipalités peut avoir un grand impact, on demandera à avoir des données là-dessus. Mais dans les éléments qui nous apparaissaient les plus porteurs, ce n’en était pas un», dit M. Fortin, rappelant le plan de 27 propositions déposé par son parti il y a trois semaines.

Parmi les 27 mesures libérales, la 21e commande de «mieux baliser les exigences d’une autre langue que le français à l’embauche, notamment en précisant le principe de nécessité».

«C’est ça qui est important dans chacune des mesures qui seront présentées, c’est de comprendre l’impact. Les mesures qu’on a présentées, on pense qu’elles peuvent avoir un impact important sur la place du français en milieu de travail, la place du français dans nos milieux d’enseignement, la place du français dans notre société.»

Son vis-à-vis du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, estime aussi que «cesser d’exiger l’anglais à l’embauche lorsque ce n’est pas nécessaire» s’avère une priorité.

C’est moi le plus fort!

Le PQ range de plus au sommet de sa liste l’imposition de la loi 101 dans les cégeps, c’est-à-dire l’interdiction pour les jeunes instruits en français d’aller au cégep en anglais, puis de s’assurer que «100 % des nouveaux arrivants économiques maîtrisent le français quand ils arrivent au Québec», énumère M. Gaudreault.

Limiter l’expansion des institutions d’enseignement postsecondaire anglophones s’avère l’un des chevaux de bataille du PQ depuis plusieurs mois. Le financement gouvernemental à hauteur de 750 millions $ des projets d’agrandissement du Collège Dawson et de l’Université McGill, à Montréal, a été sous le feu péquiste à répétition.

«Les attentes sont énormes, conclut le solidaire Nadeau-Dubois. Après un an, un an et demi de fuites médiatiques et d’effets de toge, on va enfin voir de quel bois se chauffe la CAQ en matière de protection du français. Et on va surtout voir, entre l’affairisme de François Legault et le nationalisme de Simon Jolin-Barrette, qu’est-ce qui est le plus fort.»

Milieux de travail cruciaux dans la réforme de la loi 101, disent les oppositions