Les séries du Canadien en cinq temps

Auston Matthews et Mitch Marner félicitent Carey Price et Corey Perry. © Nathan Denette/La Presse canadienne Auston Matthews et Mitch Marner félicitent Carey Price et Corey Perry.

Au lendemain de l'élimination du Canadien dans le cinquième match de la finale de la Coupe Stanley, voici un survol des moments forts de cette improbable épopée montréalaise.

Bien malins ceux qui avaient prévu un parcours épique pour le Tricolore dans ces séries éliminatoires qui se sont achevées mercredi soir avec une défaite face à la puissante équipe du Lightning de Tampa Bay.

Pour une très grande portion des partisans du CH, ce périple vers la grande finale leur a fait vivre des émotions qui seront gravées à jamais dans leur cœur et dans leur mémoire.

De l’entrée en scène de Cole Caufield au rôle prépondérant du gardien Carey Price, en passant par le courage démontré par les joueurs qui ont tout donné malgré les nombreuses blessures, cette épopée aura une place de choix dans l’histoire du Bleu-blanc-rouge. Voici cinq moments marquants parmi tant d’autres.

1. La remontée face aux Maple Leafs

C’est devant des gradins vides que les séries commencent pour les équipes de la Division nord. Dernière équipe qualifiée, le Canadien s’attaque à une machine bien huilée qui fait prédire une sortie rapide pour la troupe dirigée par Dominique Ducharme.

On voit mal comment l’équipe résistera à l’attaque menée par les Auston Matthews et Mitch Marner. Même la perte du capitaine John Tavares, blessé dès les premières minutes du premier match, n’empêche pas Toronto de prendre l’avance 3-1 dans la série et de pousser le Canadien au bord du gouffre.

Au moment où les experts et les amateurs pensent déjà à la saison prochaine et à la fin de l’ère Marc Bergevin, les joueurs, eux, continuent d’y croire. Dans le match no 5 à Toronto, le Canadien laisse filer une avance de 3-0 et doit lutter pour sa survie en prolongation.

Mais au bout de 59 secondes, Cole Caufield, laissé de côté pour les deux premiers duels de la série, unit ses efforts à ceux de Nick Suzuki pour déjouer le gardien Jack Campbell. Montréal l’emporte 4-3.

C’est encore une fois en prolongation que le Tricolore tranche le débat dans le 6e match présenté à Montréal le 31 mai.

Les 2500 spectateurs, admis par la santé publique au Centre Bell pour la première fois depuis le début de la pandémie en mars 2020, voient Jesperi Kotkaniemi, lui aussi mis de côté lors des deux premiers matchs de la série, battre Campbell. Son tir des poignets décoché du haut des deux cercles de mises en jeu donne la victoire aux siens 3-2 et force la tenue d’un match ultime à Toronto.

La remontée est complétée deux jours plus tard dans un gain de 3-1 où Carey Price joue un rôle déterminant. Il réalise 29 arrêts, dont 16 en troisième période, pour protéger la mince avance d’un but jusqu’à ce que Tyler Toffoli scelle l’issue du match et de la série dans un filet désert.

2. L’assaut de Mark Scheifele sur Jake Evans

Alors que le Canadien file vers Winnipeg sans repasser par Montréal, les médias s’accordent pour retirer le qualificatif par intérim» à l’entraîneur-chef Dominique Ducharme.

Mais du même souffle, on ne donne pas cher de la peau du Tricolore au deuxième tour face aux Jets de Winnipeg, qui prônent un style de jeu très robuste et qui viennent de profiter d’une semaine de repos après avoir balayé les Oilers d’Edmonton et leur duo dynamique formé de Connor McDavid et de Leon Draisaitl.

Le Canadien remporte le premier match 5-3. Mais la victoire est assombrie par la perte de l’attaquant Jake Evans, assailli par Mark Scheifele au moment où il contournait le filet des Jets pour inscrire le but d’assurance dans un filet désert.

Sonné sur la glace pendant de longues minutes, c’est sur une civière qu’Evans quitte la patinoire. On ne le reverra pas dans cette série. Pas plus que Scheifele, qui a écopé de quatre matchs de suspension pour son geste.

Les joueurs du Canadien utilisent leur désir de revanche pour couper court aux espoirs des Jets, qui doivent aussi composer avec la blessure qui limite la portée du vétéran Paul Stastny.

Price multiplie les prouesses et entre dans la tête des Jets, qui cherchent encore le jeu parfait quand Toffoli complète une passe savante de Caufield pour clore le quatrième et dernier chapitre de cette série, en prolongation.

Pour la première fois depuis 2014, Montréal accède au carré d’as.

3. La perte de Dominique Ducharme

Face aux Golden Knights de Vegas, c’est une fois de plus dans le rôle du négligé que le Canadien doit aborder la demi-finale de la Coupe Stanley. Il s'agit d'une série inédite où il luttera pour le trophée Clarence-Campbell habituellement réservé aux champions de l’Ouest.

Cette fois, c'est le Canadien qui a profité d’une semaine de repos pour soigner petits et gros bobos et reprendre un peu son souffle après cinq semaines effrénées pendant lesquelles il a disputé 18 matchs en l’espace de 38 jours.

Même si Vegas a eu besoin de sept matchs pour s’imposer devant l’Avalanche du Colorado, cette formation se retrouve en demi-finale pour la troisième fois en quatre ans d’existence.

Dominique Ducharme © Minas Panagiotakis/Getty Images Dominique Ducharme

C’est contre son gré que Dominique Ducharme voit les projecteurs se tourner vers lui. Le Tricolore venait de rentrer de la capitale américaine du jeu en ayant divisé les honneurs des deux premiers matchs quand l’entraîneur a dû s’isoler en raison d’un test positif à la COVID.

Avec Ducharme à l’écart pour 14 jours, les rênes sont confiées à son adjoint Luke Richardson, dont l’unique expérience à titre d’entraîneur-chef remontait à la saison 2015-2016, époque où il dirigeait les Senators de Binghamton dans la Ligue américaine.

Qu’à cela ne tienne. Avec Alex Burrows à ses côtés et Sean Burke venu s’occuper de la brigade défensive, Montréal remporte trois des quatre matchs suivants.

D’aucuns diront que les fantômes ont eu leur mot à dire pour que Marc-André Fleury s’embrouille avec la rondelle dans ses patins pour permettre à Josh Anderson d’envoyer le match no 3 en prolongation, où il a encore joué les héros.

C’est de son salon qu’au soir de la Saint-Jean et à la date anniversaire du décès de Clarence Campbell, que Dominique Ducharme a vu le Canadien décrocher son billet pour une première finale depuis 1993.

4. Le but d’Artturi Lehkonen

C’est en signant une cinquième victoire en six présences en prolongation que le Tricolore réalise ce que personne ne croyait possible.

En plus d’étirer son incroyable séquence sans être mené au pointage à plus de plus 447 minutes de jeu, Montréal parvient à mater les éléments les plus menaçants de l’attaque des Golden Knights que sont les Mark Stone, Max Pacioretty et Jonathan Marchessault.

En allant signer une deuxième victoire en trois départs du côté de Vegas, où les rencontres sont disputées dans un T-Mobile Arena bondé, le Canadien rentre à la maison avec la possibilité de s’offrir une participation à la finale de la Coupe Stanley devant ses partisans, maintenant au nombre de 3500 à l’intérieur du Centre Bell.

Ce match no 6 est serré à souhait. Deux fois, après des buts de Shea Weber et de Cole Caufield, le Tricolore a vu les Golden Knights créer l’égalité. À l’intérieur comme à l’extérieur du Centre Bell, la tension est à son comble.

C’est le trio de Brendan Gallagher, de Phillip Danault et d'Artturi Lehkonen, jusque-là occupé à contrer les meilleurs attaquants adverses, qui propulse Montréal en finale quand Lehkonen fait scintiller la lumière rouge derrière Robin Lehner au bout de 99 secondes de jeu supplémentaires.

Avec cette troisième mission impossible accomplie, le Canadien allait continuer à faire rêver ses partisans.

5. L'oeuvre de Carey Price

Si le Canadien a eu l’air en mission tout au long de cette improbable fête printemps-été du hockey, que dire du travail inspirant de Carey Price?

Après avoir raté les 21 derniers matchs de la saison, Price suscitait de nombreux points d’interrogation.

On se souviendra que la seule action à laquelle il avait pris part avant le début des séries fut lors d’un match du Rocket de Laval, le 17 mai, face aux Marlies de Toronto. Lui et Gallagher avaient été cédés au club-école de la Ligue américaine aux fins de conditionnement.

Mais Price est un athlète des grandes occasions. La Coupe Stanley manque toujours à son tableau de chasse et il la veut. Même si Toronto s’empare d’une avance de 3-1 dans la série, Price reste dans sa bulle et contribue à la remontée des siens qui remporteront trois de leurs quatre victoires sur la patinoire adverse.

Ses arrêts miraculeux devant Mitch Marner, William Nylander et Jason Spezza inspirent et rassurent. Price a ensuite complètement dérouté les Jets de Winnipeg, qui ne savaient plus où viser dans l’espoir de voir la rondelle lui échapper. Parlez-en à Mason Appleton, à Mark Scheifele (match no 1), à Mathieu Perreault ou à Kyle Connor.

Carey Price repousse un lancer de Reilly Smith des Golden Knights. © David Becker/Associated Press Carey Price repousse un lancer de Reilly Smith des Golden Knights.

Et dans la demi-finale contre les Golden Knights, songez à combien de fois vous avez vu Mark Stone, Max Pacioretty, Jonathan Marchessault ou William Carrier lever les yeux au ciel en voyant la rondelle disparaître dans la mitaine ou sous les jambières du no 31.

À l’issue du cinquième match qui a vu le Lightning décrocher les grands honneurs, Price a voulu porter le blâme en disant qu’il n’avait pas été assez bon dans les trois premiers matchs de la finale. Le capitaine Shea Weber a aussitôt retiré cette croix de sur ses épaules.

Après tout, si le Canadien a présenté un invraisemblable taux de réussite de 91,8 % en désavantage numérique, il le doit non seulement à son impressionnant jeu collectif, mais aussi à la prestance de son gardien devant le filet.

Même si l’objectif ultime de soulever la coupe Stanley n’a pas été atteint, Price a maintes fois prouvé sa valeur. On a déjà hâte à la nouvelle saison. Ça repart dans 10 semaines!

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