Les libéraux virent au vert et tournent le dos à l’ère Barrette

La cheffe libérale, Dominique Anglade © Jacques Boissinot La Presse canadienne La cheffe libérale, Dominique Anglade

Les militants libéraux réunis en congrès en fin de semaine ont choisi de faire de l’environnement « la priorité des priorités » et tourné le dos à l’ère Barrette en demandant de « retirer la gestion politique » dans le domaine de la santé.

Dimanche, des membres de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ) ont convaincu 53 % des militants de voter en faveur d’une proposition pour « déléguer la gestion du système de santé à un organisme étatique indépendant ».

L’idée n’est pas de retirer du pouvoir au ministre, a expliqué le conseiller à la Commission-Jeunesse William Baril. L’objectif, « c’est [de] retirer le pouvoir politique pour que les réformes arrêtent de briser le système de santé, parce que c’est ce qui se passe présentement », a expliqué le militant de 18 ans. Il a dit préférer que la direction donnée au réseau de la santé ne soit plus la prérogative « d’un seul homme ».

« S’il y a une autre réforme, est-ce qu’on est prêts à laisser, une fois de plus, le pouvoir de la gestion du système de santé totalement entre les mains du politique ? Ou on veut entendre les préoccupations de tous ? », a-t-il demandé.

La proposition sur laquelle il a travaillé prévoit que l’organisme indépendant chargé notamment d’établir les « lignes directrices du système de la santé » ait à sa tête un conseil d’administration (C.A.) dont les membres seraient nommés par vote aux deux tiers à l’Assemblée nationale, à la suite d’une recommandation de la commission parlementaire de la Santé et des Services sociaux.

Ce C.A. serait composé d’un tiers de gestionnaires, d’un tiers de travailleurs de la santé et d’un tiers d’usagers, dont les mandats seraient de dix ans. Il aurait pour mandat de décentraliser le système de santé, de négocier avec les employés du réseau et de gérer un budget : une « Caisse santé » dans laquelle le ministère des Finances déposerait « une enveloppe budgétaire annuelle supérieure aux besoins du réseau ».

Déjà proposé par Couillard

La proposition ne va pas sans rappeler celle de l’ex-premier ministre libéral Philippe Couillard. En 2011, trois ans après avoir été ministre de la Santé, il avait proposé de confier la gestion quotidienne du réseau à une société d’État indépendante sans but lucratif. Il avait aussi ouvert la porte à cette possibilité en 2018, en précisant cependant que la réforme Barrette devait d’abord être complétée.

L’ex-ministre de la Santé a déclaré dimanche que la proposition des jeunes libéraux ne pourrait pas atteindre ses objectifs. « De vouloir enlever un minimum ou un maximum de politique dans les décisions, c’est correct. Est-ce que la proposition qui est faite va faire ça ? Non. Ça, c’est sûr que non, parce que ça tombe au financement », a déclaré Gaétan Barrette aux médias. À son avis, la dépolitisation ne se concrétisera pas tant que le politique aura le dernier mot sur le financement du réseau.

La cheffe libérale, Dominique Anglade, n’a pas voulu s’avancer sur la possibilité que la proposition fasse son chemin vers la plateforme de son parti, à l’approche de l’élection d’octobre 2022. « On ne peut pas dire que c’est quelque chose qui ne peut pas se faire, a priori. Ça existe ailleurs. Mais il faut savoir : qu’est-ce que ça viendrait changer pour nous au Québec ? Quelles sont les implications ? », a-t-elle demandé.

L’environnement, la priorité

Les militants ont par ailleurs choisi, samedi, de faire de la protection de l’environnement et de la lutte aux changements climatiques « la priorité des priorités », en plus de se fixer des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) allant jusqu’à 45 % en 2030 par rapport au niveau de 1990.

Ils ont cependant rejeté une proposition visant à mettre en place des pénalités « à l’achat de gros véhicules polluants comme les VUS [véhicules utilitaires sport] et les camionnettes ». Interrogée sur cette contradiction, Mme Anglade a répondu qu’« à un moment donné, il va falloir qu’on soit réalistes ».

« Les gens vont être prêts, mais il va falloir faire un travail d’éducation auprès de la population et aussi, un effort collectif par rapport à ça », a-t-elle continué.

Avec son projet ÉCO, qui propose notamment la nationalisation de la production et de la distribution de l’hydrogène vert, le PLQ se targue désormais d’être « la seule formation politique qui allie véritablement l’économie et l’environnement ».

Les libéraux virent au vert et tournent le dos à l’ère Barrette