Le nombre de locataires dans le besoin à Montréal continue de grimper

Vendredi, l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) recensait 175 ménages locataires ayant toujours recours à ses services d’aide. © Olivier Zuida Le Devoir Vendredi, l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) recensait 175 ménages locataires ayant toujours recours à ses services d’aide.

Le nombre de ménages locataires dans le besoin qui ont recours aux services d’aide de la Ville de Montréal ne cesse de grimper depuis le 1er juillet, plusieurs d’entre eux ayant d’abord tenté dans les derniers jours de se trouver un logement abordable par leurs propres moyens, en vain.

Au lendemain de la traditionnelle période des déménagements du 1er juillet, l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) recensait 128 ménages locataires ayant toujours recours à ses services d’aide parce qu’ils sont sans logement ou à risque de l’être prochainement. Or, ce nombre a continué d’augmenter depuis pour atteindre 175 en date de vendredi.

« Parmi les nouvelles requêtes depuis le 1er juillet, un peu moins de la moitié sont des personnes qui ont besoin d’aide maintenant, mais qui ont connu nos services sur le tard, alors que les autres envisagent une perte de logement au 1er août et au 1er septembre », explique dans un courriel au Devoir samedi le porte-parole de l’OMHM, Mathieu Vachon.

Pour l’organisateur communautaire à l’Association des locataires de Villeray, Charles Castonguay, cette situation témoigne d’un « manque de communication » des services d’aide offerts par la Ville auprès des locataires, qui apprennent souvent l’existence de ceux-ci « trop tard ».

« Au contraire, la campagne de la Ville a été très efficace », rétorque M. Vachon, qui croit plutôt que « plusieurs [locataires] ont tenté de résoudre leur enjeu de logement par eux-mêmes » dans les dernières semaines, avant de « se résigner » à se tourner vers l’OMHM.

Parmi les ménages locataires dans le besoin, 49 ont été relogés de façon temporaire dans des hôtels de Montréal, soit 25% de moins que l’an dernier. Les 126 autres ménages qui sont actuellement accompagnés par l’OMHM « sont également sans logement », mais se sont plutôt tournés vers des proches ou des amis, indique M. Vachon.

La quête d’un logement abordable

L’an dernier, les locataires démunis le lendemain du 1er juillet sont d’ailleurs demeurés en moyenne 60 jours dans l’hébergement d’urgence qui leur a été offert à Montréal, affirme le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU).

« Par le passé, les gens se relogeaient assez rapidement après le 1er juillet. Mais depuis deux ans, à Montréal, on voit que ça prend beaucoup de temps avant que les gens se relogent », souligne la porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme. Une situation que l’augmentation du nombre de logements locatifs disponibles à Montréal ne viendra pas résoudre, selon elle, puisque les appartements neufs ne sont pas accessibles à bien des locataires à faible ou moyen revenu.

« La situation particulière cette année, c’est qu’on a un nombre qui est tout de même très important de ménages locataires qui se retrouvent sans logement au 1er juillet, malgré l’augmentation du nombre de logements disponibles », souligne la porte-parole.

Les loyers affichés sur les plateformes de petites annonces sont d’ailleurs en forte croissance, ce qui rend la recherche d’un logement abordable de plus en plus complexe, à Montréal comme ailleurs au Québec.

« On parle de Montréal, mais c’est quelque chose qu’on voit aussi à Sherbrooke et à Drummondville, notamment », ajoute Mme Laflamme. Là aussi, « il y a un grand nombre de ménages locataires qui sont sans bail » actuellement, souligne-t-elle. Dans le Grand Montréal, le FRAPRU fait état d’une quinzaine de ménages locataires de Laval qui sont accompagnés par des ressources d’aide parce qu’ils sont sans logement ou à risque de l’être, tandis qu’au moins une dizaine de ménages sont hébergés temporairement dans des hôtels à Longueuil.

« On a reçu deux fois plus d’appels » de la part de locataires dans le besoin en prévision de la période des déménagements, indique d’ailleurs au Devoir le directeur général du Comité logement Rive-Sud, Marco Monzon. Des ménages locataires qui demeurent notamment à Brossard, à Saint-Lambert et à Saint-Bruno peinent actuellement à se trouver un logement abordable, évoque-t-il.

 

Un parcours du combattant

Les locataires font d’ailleurs face à des défis de taille toute l’année, rappelle le porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), Maxime Roy-Allard, qui insiste sur le fait que « la crise du logement » va « au-delà du 1er juillet ».

« [Les locataires] vont être victimes de rénovictions; ils vont trouver des logements insalubres ou ils vont devoir quitter leur quartier pour trouver des logements. C’est un peu ça la nouvelle réalité », laisse-t-il tomber.

À la grandeur du Québec, environ 500 ménages locataires sont toujours sans logement ou à risque de l’être dans les prochains jours, en date de vendredi.

« On parle de personnes qui sont sans logement après le 1er juillet, mais si on ne construit pas plus de logements sociaux, cette situation va continuer » et se répéter chaque année, appréhende M. Castonguay.

Un supplément au loyer peu utilisé

Cette année, le gouvernement Legault a élargi l’accès au Programme de supplément au loyer (PSL) afin que 2500 ménages à faible revenu puissent débourser 25% de leurs revenus pour se loger. Or, même si ses critères ont été assouplis, à peine 20 ménages locataires montréalais y ont eu recours depuis le 1er juillet, tandis que 32 autres « sont en processus pour l’obtention », indique au Devoir le cabinet de la mairesse Valérie Plante.

« Clairement, il n’y a pas assez de logements qui se qualifient aux critères du PSL d’urgence parce que les loyers sont tellement chers que c’est difficile de trouver les logements qui correspondent [à ceux-ci] », constate Maxime Roy-Allard. Ce dernier estime également que plusieurs propriétaires sont « frileux » à l’idée d’accueillir des locataires qui ont recours au PSL, ceux-ci étant généralement « à faible revenu ».

Le cabinet de la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, n’a pas commenté samedi.

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