Le miel: ce côté doux de l’évolution humaine

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Quand au printemps les fleurs s’épanouissent, l’abeille qui file dans votre jardin n’a pas envie de piquer; c’est moi qu’elle cherche, le miel.

L’abeille mellifère vit environ six semaines. Elle parcourt jusqu’à cinq kilomètres par jour à la recherche de fleurs, qu’elle butine en y plongeant sa longue langue telle une paille qui lui permet d’aspirer les gouttelettes de nectar sucré et liquide. Elle en emplit son jabot, sorte de poche qui se compare à un estomac, avant de regagner sa demeure. Au cours du trajet, cet organe chargé d’enzymes transforme le nectar en glucose et en fructose. Ainsi s’amorce le miracle de la nature auquel je dois l’existence.

De retour à la ruche, l’abeille régurgite son butin dans la bouche d’une receveuse qui le transfère à son tour à une autre abeille et ainsi de suite pendant 20 minutes jusqu’à ce que la mixture soit déposée dans une alvéole. Afin d’assurer des conditions de chaleur et d’aération idéales pour réduire la part d’eau du nectar, des dizaines de milliers d’abeilles bourdonnent et battent des ailes dans la ruche. Quelques levers de soleil plus tard, je ne contiens plus que 18% d’eau et les abeilles m’enferment dans une cellule de cire dorée.

L’abeille butine 4000 fleurs au cours de sa vie. Cette récolte ne produit pourtant qu’un demi-millilitre de ce que je suis. La ruche mobilise toutes ses forces pour fabriquer de quoi nourrir ses habitants.

Selon les scientifiques, les ruches sauvages riches de miel auraient fourni les calories nécessaires au développement du cerveau des premiers humains, notamment Homo erectus. J’aurais donc été un ingrédient clé de l’évolution de l’homme.

D’autres édulcorants de consommation courante – extraits de la sève, du nectar d’agave ou du jus de canne à sucre – sont bouillis pour produire un sirop ou du sucre cristallisé, une technique mise au point bien plus tard.

Avec le temps, vous avez domestiqué les abeilles pour ma production. Des apiculteurs aident les fermes industrielles dont les monocultures ne peuvent se passer des abeilles qui, transportées dans leurs ruches, viennent polliniser les champs. Les ouvrières remplissent les tours de rayons empilés sur les ruches. L’apiculteur récolte ensuite le miel pour votre consommation, tout en laissant aux abeilles ce dont elles ont besoin pour se nourrir. Avoir des ruches d’abeilles chez soi: un passe-temps qui a du piquant!

Je suis un trésor indestructible. Des échantillons de 3000 ans découverts dans les pyramides d’Égypte sont aussi comestibles que le jour où ils ont été ensevelis dans la tombe. Parce que je contiens peu d’eau, que mon pH est élevé et que le peroxyde d’hydrogène est naturellement présent dans ma composition, je suis un puissant antimicrobien et suis donc inaltérable. Pour la même raison, je constitue un excellent baume pour les plaies chroniques; je jugule l’infection tout en maintenant l’humidité dont la peau a besoin pour cicatriser.

Ma survie n’est pas assurée cependant. Partout dans le monde, les colonies d’abeilles déclinent. Sont en cause croissance de l’agriculture industrielle, usage de pesticides, étalement urbain et bouleversements climatiques qui réduisent le nombre de fleurs. Si les abeilles continuent à mourir, amandes, pommes et pêches (et les cultures comptant sur leur pollinisation) se feront plus rares et plus coûteuses. Et moi aussi. On ne s’étonnera pas de me trouver frelaté, ou mélangé à des sirops de sucre ou de maïs de mauvaise qualité pour gonfler la quantité.

En 2010, aux États-Unis, les autorités ont mis au jour la plus importante fraude alimentaire que le pays ait connue : 80 millions de dollars de miel chinois contaminé. Il est toujours préférable d’acheter un miel de son pays et de pri­vilégier les apiculteurs locaux.

Aussi, j’aimerais que vous laissiez pousser quelques plantes ou fleurs sauvages dans votre jardin et que vous limitiez la tonte et les pesticides. Mon avenir et celui des abeilles en dépendent.

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L'article Le miel: ce côté doux de l’évolution humaine est une publication originale de Sélection du Reader's Digest.

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