Aluminium: vers l’appauvrissement de la région selon Jean-Marc Crevier

Le conseiller municipal et membre de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Jean-Marc Crevier © Archives Le Quotidien, Gimmy Desbiens Le conseiller municipal et membre de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Jean-Marc Crevier

« Rio Tinto produit déjà l’aluminium le plus vert au monde dans la région avec des coûts d’électricité les plus bas aussi dans le monde et on demande aux citoyens de financer les nouvelles usines, la technologie, la formation des travailleurs, leur permettre de payer moins d’impôt et diminuer encore la main-d’oeuvre. Ils pourraient nous offrir au moins de partager leurs profits, mais ils se gardent bien de le faire. »

Le conseiller municipal et membre de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Jean-Marc Crevier, en arrive à la conclusion que les producteurs d’aluminium proposent ni plus ni moins que l’appauvrissement généralisé du Québec, financé par les impôts des contribuables et des travailleurs dont les enfants n’auront plus accès à des emplois bien rémunérés de 58 000 $ et plus par année, comme le souhaite le premier ministre.

« C’est une véritable honte », tranche Jean-Marc Crevier à la lecture du mémoire présenté par l’Association de l’aluminium du Canada dans le cadre des consultations prébudgétaires menées par le ministre des Finances, Éric Girard. Pour l’ex-leader syndical, bien au fait de l’industrie de l’aluminium, les producteurs de métal gris ne vont qu’appauvrir le Québec, alors que les contribuables de la Ville de Saguenay vont en écoper plus que partout ailleurs.

« Quand un patron de Rio Tinto, dans une rencontre avec les dirigeants syndicaux, affirme que l’entreprise ne sait pas ce qu’elle va faire avec l’énergie libérée par la fermeture des cuves précuites, ça veut dire que le complexe Jonquière va diminuer de valeur. À court terme, Rio Tinto va exiger la dévaluation de ses installations en prétextant la diminution de production et les élus, dans quatre ou cinq ans, vont devoir transférer les revenus de la taxe industrielle sur la taxe résidentielle », précise Jean-Marc Crevier, souhaitant que les citoyens comprennent que la vision des producteurs d’aluminium les rattrapera rapidement.

Le conseiller municipal juge qu’un tel discours devient encore plus intenable pour l’entreprise en tenant compte des avantages que le gouvernement du Québec concède avec les droits de production hydroélectrique à long terme. L’avantage de Rio Tinto, dès qu’une livre d’aluminium est produite dans la région, est de l’ordre de 600 M$ par année par rapport aux producteurs installés ailleurs dans le monde, et possiblement plus avec les prix d’aujourd’hui.

Le projet AP60, qui devait faire de Saguenay un pôle de la nouvelle technologie d’électrolyse, a visiblement du plomb dans l’aile, d’après ce que constate l’ex-travailleur de Rio Tinto. Jean-Marc Crevier ne voit pas pourquoi l’entreprise ajouterait une seule cuve de plus de technologie AP60 avec des anodes au carbone, alors qu’elle entend éliminer cette technologie. Ce qui, à son avis, retarde de plusieurs années les deux autres phases AP60, si elles ne sont tout simplement pas abandonnées définitivement.

Jean-Marc Crevier invite à la prudence quand il est question des redevances sur la production hydroélectrique. Il ne veut pas que Québec se retrouve avec la facture, mais exige une augmentation de ces droits pour aider la région à absorber les chocs économiques des prochaines années.

« Avec tout l’argent que Rio Tinto (et les autres producteurs) demande, il serait peut-être pertinent que l’État devienne actionnaire de l’entreprise », a conclu le conseiller municipal.

La mairesse de Saguenay et porte-parole de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Josée Néron, est consciente des enjeux qui accompagnent la transformation des usines vers la technologie 4.0, ainsi que le nouveau procédé avec les anodes inertes Elysis. Elle saisit bien que ces enjeux auront des impacts sur l’ensemble de l’économie régionale et sur le complexe Jonquière. Mais également, à moyen terme, sur les revenus de la taxation industrielle, autant pour l’économie régionale que pour l’avenir.

La mairesse de Saguenay et porte-parole de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Josée Néron © Archives Le Quotidien, Michel Tremblay La mairesse de Saguenay et porte-parole de la Table de concertation régionale sur l’aluminium, Josée Néron

C’est pourquoi la région a mis sur pied la Table de concertation sur aluminium, a indiqué Josée Néron. Depuis, des études ont été déposées aux deux paliers du gouvernement afin de faire connaître les positions de la région en lien avec le développement de ce secteur économique historique. « L’aluminium et la forêt, ça nous coule dans les veines », a insisté la mairesse de Saguenay.

Elle assure que la Table de concertation sur l’aluminium demande aux gouvernements de maintenir des obligations pour l’emploi en échange des subventions ou programmes d’aide pour tout ce qui touche l’industrie.

Il n’est pas question pour l’instant de partir en guerre contre la multinationale. Josée Néron assure que la région a l’intention de travailler avec l’entreprise pour bénéficier des projets de modernisation et qu’elle aura évidemment besoin d’un coup de main du gouvernement pour réussir à attirer sa part du gâteau comme l’usine de production d’anodes de céramique.

Josée Néron doit rencontrer les représentants locaux de la multinationale dans les prochaines semaines. Elle profitera de l’occasion pour se faire une meilleure idée de ce qui attend Saguenay dans les prochains mois. Les deux dossiers prioritaires pour Saguenay, en raison des retombées directes dans les finances municipales, sont la poursuite du projet AP60 et l’avenir des cuves précuites.

Dans le système d’évaluation industrielle, la logique qui est appliquée est que les usines perdent de la valeur à partir de leur construction et non le contraire, comme c’est le cas pour une résidence.

Du côté syndical, le conseiller des Métallos, Alexandre Fréchette, en conclut qu’il n’y a plus aucun gagnant dans la région avec le comportement de Rio Tinto. Il rejette les justifications à l’effet que les emplois chez les équipementiers vont permettre de récupérer les emplois perdus dans les usines.

« Vous pouvez poser des questions à tous les travailleurs dans les usines. On achète maintenant en Chine des équipements qui autrefois étaient fabriqués par Mecfor ou Canmec dans les ateliers de la région » , a résumé l’ex-président du syndicat des Métallos de l’aluminerie d’Alma.

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