Des guêpes au chevet des arbres

Les femelles de l’espèce Tetrastichus planipennisi sont capables de pondre une trentaine d’oeufs dans une larve d’agrile. © FOURNIE PAR LE MAPAQ, JOSEPH MOISAN-DE SERRES Les femelles de l’espèce Tetrastichus planipennisi sont capables de pondre une trentaine d’oeufs dans une larve d’agrile.

Quatre espèces de guêpes originaires d’Asie ont été introduites au Canada en 2013 dans le but de diminuer l’impact des agriles sur les frênes. Des études sont en cours pour mesurer le taux d’établissement de cet insecte minuscule (à peine 5 mm) qui s’attaque aux œufs ou aux larves du ravageur.

Les parasitoïdes ont pour nom scientifique Tetrastichus planipennisi, Spathius galinae, Oobius agrili et Spathius agrili. La dernière catégorie, trop frileuse, a finalement été jugée inapte à affronter le rude hiver au nord du 40e parallèle.

Ces agents de lutte biologique ont été disséminés sur 26 sites canadiens, dont 7 au Québec, plus précisément à Montréal et dans les environs, mais aussi dans la ville de Québec, à Drummondville et en Outaouais. Pour l’heure, les travaux menés se concentrent sur la présence de ces guêpes dans les zones où elles ont été réparties. Le protocole de recherche se déroule en 3 étapes, comme l’a expliqué à La Voix de l’Est Véronique Martel, chercheuse à Ressources naturelles Canada : « On relâche les guêpes deux étés consécutifs. La 3e année, on va couper des arbres pour voir si les parasitoïdes sont présents. »

L’espèce Oobius agrili. © FOURNIE PAR LE MAPAQ, JOSEPH MOISAN-DE SERRES L’espèce Oobius agrili.

Il est en revanche trop tôt pour mesurer l’impact de ces alliés ailés sur la santé des frênes. « Ce sera la prochaine étape », ajoute la scientifique, qui précise que l’avancée des travaux varie d’un site à l’autre. À Montréal par exemple, il a été clairement établi que les guêpes avaient commencé depuis 2015 à attaquer les coléoptères.

Aux États-Unis, où des études similaires ont été menées, les résultats obtenus ont été jugés prometteurs. « On a constaté chez nos voisins une augmentation de la régénération des frênes et une baisse de leur mortalité. » Plus loin de nous, en Chine et en Russie, ce type de guêpes, qui sont indigènes dans ces pays, ont aussi causé d’importants dégâts parmi les populations d’agrile. Un autre signe encourageant.

Pas la panacée

Il ne faut toutefois pas crier victoire pour autant, ou croire que l’on a trouvé un remède miracle. Véronique Martel se montre catégorique sur ce point. « Il va falloir apprendre à vivre avec l’agrile. L’utilisation de guêpes est juste un outil supplémentaire pour limiter sa prolifération. Ça va nous permettre de relâcher la pression sur les frênes pour parvenir à un équilibre afin qu’ils demeurent dans nos paysages. » Elle tient au passage à préciser que les guêpes ne s’attaquent qu’à l’agrile, en aucun cas aux humains et aux animaux. Oubliez donc le risque de piqûre !

Depuis 2013, on estime à environ 230 000 le nombre de guêpes parasitoïdes qui ont été dispersées au Canada, toutes espèces confondues. Une partie provient d’un élevage en Ontario (depuis 2016), sous l’égide du Service canadien des forêts. Le reste est fourni par le voisin américain, qui en élève lui aussi.

Lorsqu’elles deviennent adultes, elles partent en chasse, en quête d’un œuf ou d’une larve d’agrile à coloniser... un peu à la manière de l’Alien cher à Ridley Scott. La plupart des guêpes vont pondre un œuf dans le corps de leur hôte, sauf la Tetrastichus planipennisi, plus prolifique. « La femelle peut laisser une trentaine d’œufs dans une larve d’agrile », fait savoir la scientifique.

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Trois questions à... Pierre Therrien, entomologiste au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

Comment l’agrile est-il arrivé au Québec?

On n’a pas de preuve tangible de ce qui est arrivé. Ce que je peux vous dire, c’est que sur le terrain de la personne où était l’arbre dans lequel on a trouvé l’agrile pour la première fois, en 2008 dans la région de Carignan en Montérégie, il y avait des bois de palette. Or le bois de palette est connu comme étant un possible vecteur d’insectes et de maladies.

En Amérique du Nord, les premières traces de cet insecte remontent à 2002, à peu près en même temps en Ontario et aux États-Unis. Mais on estime qu’il était présent depuis 1992.

Existe-il des parades efficaces?

Si on parle d’empêcher l’insecte de se répandre ou de l’éliminer du Québec, la réponse est non. Partout où il est apparu, personne n’a réussi à l’empêcher de s’étendre ou à le faire disparaître totalement. C’est un insecte qui est quand même difficile à détecter. La majorité du cycle de l’agrile se passe à l’intérieur du tronc. Pour pouvoir le tuer, il faut utiliser des insecticides systémiques, qui sont assez chers. On peut envisager de le faire sur des arbres ornementaux, mais c’est difficilement imaginable à l’échelle d’une forêt. Le coût serait trop important.

Quels conseils donner aux gens qui voudraient protéger leurs arbres?

Premièrement, de se garder informé et de vérifier quelles sont les zones infestées qui ont été identifiées par l’Agence canadienne d’inspection des aliments, l’organisme chargé de la détection et de la réglementation des espèces exotiques envahissantes. Ensuite, il faut surveiller ses frênes. Si on juge qu’ils ont une haute valeur économique et qu’on veut vraiment investir dans leur protection, il faut faire affaire avec des spécialistes qui vont injecter des insecticides systémiques. Celui que l’on privilégie, c’est le TreeAzin. Il est très efficace et c’est un produit biologique avec peu d’impact sur l’environnement. 

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