Cuisiner c’est aimer

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Quoique issu d’une culture patriarcale, mon père adorait cuisiner pour sa famille. Nous vivions en Ouganda puis, plus tard, avons été réfugiés au Kenya pendant environ deux ans.

Comme nous n’avions pas de cuisine intérieure, nous allumions un feu dehors. Mon père cuisinait du sukuma wiki, un plat de chou cavalier, oignons et tomates qu’il servait avec du ugali, un gruau fait de semoule de maïs et d’eau.

Ma mère a quitté la famille quand j’avais cinq ans – la guerre a le pouvoir de s’interposer entre une mère et ses enfants. Je n’ai jamais rencontré la mère de mon père, ma jaaja, en langue luganda.

Mais si la cuisine de mon père tenait de celle de ma jaaja, elle devait être phénoménale.

Il ne cuisinait pas souvent – nous ne mangions qu’un repas par jour et d’autres familles ou membres du groupe nous nourrissaient. Mais lorsqu’il le faisait, l’attente en valait la peine. S’il commençait à préparer le repas à 16h, on ne mangeait pas avant 22h. Il aimait prendre son temps, couper les ingrédients en minuscules morceaux. Il adorait aussi les pili-pili: de petits piments rouges et verts dans lesquels il croquait. Le fumet de sa cuisine envahissait tout, y compris la maison de London en Ontario, où nous avons emménagé au milieu des années 1980, quand j’avais 10 ans. Si vous manquez de temps, ces astuces vous aideront à cuisiner rapidement.

Avec ses amis, mon père était un boute-en-train. Il organisait des soirées qui s’étiraient jusqu’aux petites heures du matin. Je faisais la vaisselle, captivée par ces adultes bruyants qui semblaient si heureux. Plus tard, j’ai compris que c’était là le goût de la liberté. Lorsque mon père cuisinait, il était bien. Mais le reste du temps, il pouvait se montrer imprévisible. J’avais souvent le sentiment que ma présence l’irritait.

J’ai quitté la maison à 16 ans. Après, j’ai toujours vécu seule à London avant de déménager à Toronto. Mes compétences aux fourneaux étaient très limitées. Mon père affirmait que sa mère lui avait appris à cuisiner parce qu’elle voulait qu’il n’ait à compter sur personne pour prendre soin de lui. Mais il ne m’a jamais transmis ce savoir.

Celle qui a été notre répondante lors de notre immigration au Canada, que j’appelle désormais grand-mère, a transformé la cuisine en un lieu d’amour. Elle nous a logés à côté de sa maison, et nous avons vécu là environ trois ans. Le dimanche, elle préparait du ragoût de pommes de terre, des gâteaux au fromage et de la tarte au citron. Nous écoutions Louis Arm­strong et regardions des films dans son sous-sol. Elle me connaissait mieux que je ne me connaissais moi-même.


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Cuisiner c’est aimer