COVID-19 : des jeunes vaccinés sans avoir à consulter leurs parents

La clinique va se déplacer dans le gymnase des écoles de la région de Porcupine. (Archives) © Ivanoh Demers/Radio-Canada La clinique va se déplacer dans le gymnase des écoles de la région de Porcupine. (Archives)

Une initiative de vaccination contre la COVID-19 ne plaît pas à certains parents de la région de Porcupine, alors que des jeunes de 12 à 17 ans sont invités à venir se vacciner sans la présence ni le consentement des parents à des cliniques organisées dans le gymnase des écoles secondaires.

Le Bureau de santé Porcupine (BSP) a annoncé lundi que des équipes de vaccination vont se déplacer dans les gymnases d’écoles secondaires de la région afin de mettre en place des cliniques pour renseigner et possiblement vacciner les jeunes de 12 à 17 ans.

Cette vaccination peut se dérouler sans la présence ni le consentement des parents. Les jeunes n’ont qu’à apporter leur carte santé.

De l’animation et des tirages de prix sont aussi organisés pour les jeunes présents.

Après l’annonce des dates de ces cliniques de vaccination sur les médias sociaux, de nombreux parents ont critiqué la décision du BSP.

Certaines personnes ont aussi publié des liens vers des groupes Facebook antivaccin. D'autres ont ajouté des informations qui ne correspondent pas aux données scientifiques actuellement confirmées pour témoigner de leur frustration envers la décision du BSP.

Des jeunes aptes à consentir?

La santé publique et le gouvernement de l’Ontario permettent aux jeunes de 12 ans et plus de consentir à recevoir un vaccin.

Selon la Dre Vinita Dubey, médecin hygiéniste adjointe de Santé publique Toronto, la loi sur le consentement aux soins de santé permet à toute personne de consentir à un acte médical, y compris un vaccin, peu importe son âge».

Il incombe au professionnel de la santé de s’assurer que le patient peut consentir de façon éclairée au traitement», ajoute-t-elle.

Selon Monique Lanoix, professeure de philosophie à l’Université d’Ottawa et spécialiste en éthique, donner le choix aux jeunes démontre un certain respect envers eux.

Selon elle, il n’y a pas de problèmes éthiques en tant que tels de demander le consentement de l’adolescent et pas celui du parent».

Mme Lanoix indique par contre que ça peut poser un problème lorsque l’opinion de l’enfant est différente de celle du parent».

Inciter les jeunes à se questionner sur leur santé est une bonne chose, selon Monique Lanoix. (Archives) © Ivanoh Demers/Radio-Canada Inciter les jeunes à se questionner sur leur santé est une bonne chose, selon Monique Lanoix. (Archives)

Selon la professeure de philosophie à la retraite Rachel Haliburton, l’enjeu du consentement est compliqué pour les adolescents, surtout autour de l’âge de 12 à 17 ans.

Pour un jeune de 12 ans, on s’attend à ce qu’un parent soit plus impliqué dans les décisions médicales qu’à 17 ans, mais il peut y avoir des jeunes de 18 ans qui sont immatures alors que d’autres à 14 ans peuvent l’être beaucoup plus, ça peut être du cas par cas», indique-t-elle.

Mme Haliburton conteste par contre la motivation de certains parents en ce qui concerne les vaccins contre la COVID-19.

Je ne sais pas si les parents ne veulent pas que leurs enfants soient vaccinés en raison de la nouveauté de vaccins et du bas risque d’infection à la COVID-19 chez les jeunes ou encore parce qu’ils sont vraiment antivaccin, ce qui est un tout autre dossier», ajoute-t-elle.

Les effets secondaires redoutés

Shyann Larochelle, qui fait partie des parents qui ont dénoncé la décision du BSP, affirme que les jeunes de cet âge ne sont pas en mesure de prendre une décision éclairée sur le dossier.

Je ne pense pas qu'un enfant de 12 ans peut bien comprendre la nature des décisions médicales», explique-t-elle, affirmant que seul un parent peut prendre ce genre de décision.

Mme Larochelle craint que les jeunes ne connaissent pas assez bien leur historique médical pour savoir si le vaccin est bon pour eux, notamment en ce qui a trait aux allergies ou autres indispositions.

Kim Mallette, une mère de cinq enfants, croit que les enfants devraient d’abord consulter un médecin avant de se faire vacciner.

Le Bureau de santé Porcupine indique que ce n'est pas la première initiative du genre dans la province. (Archives) © /Radio-Canada Le Bureau de santé Porcupine indique que ce n'est pas la première initiative du genre dans la province. (Archives)

C’est important d’en parler avec un médecin et avec les parents pour savoir si c’est la meilleure solution pour l’enfant», dit-elle.

Elle dit craindre des complications comme les myocardies et tachycardies, deux possibles, mais très rares effets secondaires d’un vaccin chez les jeunes.

Josée Duquette, qui a déjà fait vacciner son enfant le plus vieux au service au volant, voudrait seulement être présente avec son enfant au moment de la vaccination en cas de malaise.

Je m’organiserais plutôt pour avoir une présence parentale au cas où mon enfant ne va pas bien après», explique-t-elle.

Un porte-parole du BSP a indiqué par courriel que ces cliniques de vaccination ont été organisées avec l'objectif de mettre en place un environnement sain et accueillant pour répondre aux interrogations sur les vaccins».

Le communiqué de presse indique que les jeunes seront confortables et soutenus dans leur choix, peu importe s’ils choisissent de se faire vacciner ou non».

Le BSP indique que d’autres événements du genre ont été organisés en province, en réponse aux besoins spécifiques des jeunes, qui n’ont pas tous le soutien familial nécessaire pour répondre à leurs questions concernant les vaccins».

On indique par ailleurs que les parents peuvent se rendre sur le site de la clinique avec leurs enfants.

COVID-19 : des jeunes vaccinés sans avoir à consulter leurs parents