Bonheur et tragédie: un couple salue le dévouement du personnel du CUSM

© Fournis par La Presse Canadienne

MONTRÉAL — À une époque où on entend un jour dire que le personnel de la santé est débordé par la pandémie, puis le lendemain que des médecins ne travaillent pas assez au goût de certains, une équipe du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) a récemment tout mis en œuvre pour prendre en charge une petite famille qui vivait à la fois un bonheur immense et une tragédie profonde.

Déjà parents du petit Alessandro, Stefanie Cortina et son conjoint Salvatore Giulione attendaient avec impatience la naissance de leur deuxième enfant, et l'accouchement de Mme Cortina devait être provoqué à l'Hôpital St. Mary's le 20 septembre.

Mais quelques jours avant cette date, Alessandro fait une chute en apparence anodine à la maison et est envoyé à l'Hôpital de Montréal pour enfants (HME). Des examens révèlent qu'il présente des hygromes sous-duraux, soit une accumulation de liquide entre des membranes du cerveau. Le petit garçon de deux ans est hospitalisé.

Constatant qu'il ne sera pas possible de soigner Alessandro et de lui donner congé avant que sa maman n'accouche dans un autre centre hospitalier, l'équipe du CUSM se mobilise pour que Mme Cortina puisse plutôt être admise à l'Hôpital Royal Victoria, qui est situé dans le même édifice que le HME: le site Glen. 

L'opération n'est pas simple à coordonner, mais le but est de regrouper toute la famille sous un même toit et d'éviter à M. Giulione de devoir faire la navette entre deux établissements.

«C'est ce que j'appelle l'art de la médecine plutôt que la science de la médecine», a dit le médecin d'Alessandro, le docteur Jean-Pierre Farmer, qui est chirurgien en chef et directeur de la division de neurochirurgie de l’HME.

Mme Cortina ne tarit pas d'éloges envers les efforts qui ont été déployés par le CUSM pour prendre soin d'elle, de son conjoint et de leurs enfants, d'autant plus que l'initiative était celle du centre hospitalier et que la petite famille n'avait rien demandé.

C'est le docteur Farmer, d'après Mme Cortina, qui a mis la machine en branle quand il a «fortement suggéré» qu'elle soit accueillie à l'Hôpital Royal Victoria, plutôt qu'à l'Hôpital St. Mary's, pour faciliter les choses et pour réduire l'anxiété d'Alessandro.

«Et ensuite, tout le monde a travaillé ensemble pour que ça soit possible, a-t-elle dit. La seule chose dont on devait se préoccuper (mon mari et moi), c'était de la santé de nos enfants.»

Deux interventions

Alessandro est opéré pour la première fois le vendredi 17 septembre. Sa maman se présente à l’Hôpital Royal Victoria le lundi suivant, la date prévue de son accouchement, mais les médecins sont alors d'avis que le bébé est en bonne santé et que, compte tenu des circonstances, l'accouchement peut attendre quelques jours de plus, le temps de laisser retomber un peu la poussière.

Le travail commencera naturellement 48 heures plus tard et elle donnera naissance à un beau garçon en santé.

«C'était une bonne chose que j'aie été transférée, parce que j'ai seulement eu à traverser les hôpitaux pour aller accoucher, a raconté Mme Cortina. Et mon mari a pu me laisser quelques heures pendant mon travail pour aller accompagner notre fils (à une résonnance magnétique).»

Mais la famille n'était pas au bout de ses peines. Le docteur Farmer constate que la première chirurgie n'a pas complètement réglé le problème d'Alessandro et qu'une nouvelle intervention est nécessaire. On la prévoit pour le jeudi, soit le lendemain de la naissance de son petit frère, afin d'installer ce qu'on appelle une «dérivation sous-duro-péritonéale» pour éviter l’accumulation de liquide et rétablir la circulation.

C'est à ce moment que la famille informe le docteur Farmer qu'Alessandro est déjà en attente d’une chirurgie pour une hernie inguinale, située dans l’abdomen. L'équipe du CUSM se réorganise une nouvelle fois pour éviter à l'enfant d'être anesthésié et opéré à deux reprises.

Alessandro est donc opéré le jeudi, une intervention pendant laquelle le docteur Farmer et son collègue, le docteur Sherif Emil, font tout ce qui doit être fait.

«Les soins du patient sont toujours centrés sur les besoins du patient, a dit le docteur Farmer. On va toujours essayer de combiner deux chirurgies quand le patient a besoin de deux chirurgies. C'est la logique médicale.»

Le jour de la chirurgie, et au lendemain de son accouchement, Mme Cortina est en mesure de se rendre au chevet d'Alessandro, à quelques centaines de mètres de sa chambre, avant de retourner s'occuper de son nouveau-né, ce qui n'aurait pas été possible autrement.

Le département d’obstétrique de l’Hôpital Royal Victoria accueille Mme Cortina une nuit de plus, le temps que l'état de santé d'Alessandro se précise. «Je ne voulais pas retourner à la maison sans un de mes enfants», a-t-elle dit.

Une nouvelle imagerie par résonnance magnétique réalisée le vendredi matin confirme que tout va bien, et la petite famille peut repartir ensemble en après-midi.

En une semaine, «l'épreuve» était terminée, tout était réglé et la famille qui «était partie de la maison avec deux parents et un enfant» est revenue «avec deux enfants, dont un qui avait été opéré trois fois (...) et qui allait très bien», a résumé le docteur Farmer.

«On ne peut pas les remercier assez, nous sommes tellement reconnaissants de ce que les équipes ont fait pour nous, a dit Mme Cortina. Notre histoire se termine comme un conte de fées.»

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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