Le «grand mensonge» de Donald Trump menace toujours la démocratie américaine

Plus de 70 % des électeurs républicains croient toujours, plus de six mois après les élections, à l’existence d’une fraude électorale pour expliquer la défaite de leur candidat en novembre dernier, selon un sondage CNN réalisé fin avril. © Brendan Smialowski Agence France-Presse Plus de 70 % des électeurs républicains croient toujours, plus de six mois après les élections, à l’existence d’une fraude électorale pour expliquer la défaite de leur candidat en novembre dernier, selon un sondage CNN réalisé fin avril.

C’est le prix à payer pour la défense de la vérité. Liz Cheney, numéro 3 du Parti républicain au Congrès et présidant la Conférence du parti au sein du pouvoir législatif américain, est menacée de perdre son poste mercredi par vote. La raison ? Son opposition à Donald Trump et aux accusations non fondées du populiste de fraude électorale afin d’expliquer sa défaite en novembre dernier.

La sanction a été orchestrée par plusieurs de ses collègues au sein du Parti républicain qui, dans une quasi-unanimité, ont décidé de redonner de la vigueur au « grand mensonge » voulant que Joe Biden ait « volé » le scrutin pour devenir président. Une adhésion à cette réalité « alternative » qui s’exprime désormais comme le gage incontournable de leur soutien à l’ex-président, et ce, même si la promotion de ce mensonge représente désormais une menace tant sur la démocratie américaine que sur la confiance des citoyens envers les institutions publiques du pays.

« Dans ces circonstances, la survie de la démocratie américaine devient effectivement de plus en plus problématique, résume en entrevue au Devoir Mack Shelley, directeur du Département de science politique de l’Iowa State University. Toute la stratégie derrière ce “grand mensonge” est de nier la légitimité du processus électoral, mais également celle des décisions prises par des élus qui ont décidé de ne pas soutenir Donald Trump. Son emprise sur le Parti républicain est toujours très forte. »

« Une grande partie de l’électorat risque de ne pas croire à l’avenir à toute victoire du Parti démocrate dans les Swing States [ces États qui changent souvent d’allégeance politique], et ce, à moins que Donald Trump devienne nettement moins populaire parmi les électeurs républicains ou qu’il admette un jour sa défaite, relève de son côté le politologue Cory Manento, du Trinity College, joint au Connecticut. Et aucune de ces deux choses n’a de chances de se produire, sans l’appui explicite des dirigeants du Parti républicain du moins. »

Propagande

L’existence d’une fraude électorale, promue par l’ex-président, a été invalidée plus d’une fois par les autorités électorales de l’ensemble des États américains, y compris dans les États républicains. Elle l’a été aussi par des dizaines de tribunaux au pays, au terme de procédures judiciaires massives intentées par les proches du président pour faire annuler les résultats du vote de la présidentielle. Sans succès de leur part, en raison de l’absence de preuve soutenant leur thèse d’une fraude.

« Les élus républicains ne croient peut-être pas réellement à ce mensonge, mais dans la plupart des cas, ils doivent suivre la machine de propagande pro-Trump, estime Mack Shelley. C’est leur seule façon d’être nommés ou renommés à un poste électif lors des primaires du parti qui s’en viennent en vue des élections de 2022. Ce problème est aggravé par le fait que les finances de leur campagne dépendent également en très grande partie de contributeurs fortement pro-Trump. »


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