Les patients dialysés mal protégés par la première dose de vaccin

Selon les données préliminaires d'une étude menée par des néphrologues québécois, 63 % des patients qui suivent des traitements de dialyse ne développent pas d'anticorps huit semaines après avoir reçu une première dose de vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19. © /Radio-Canada Selon les données préliminaires d'une étude menée par des néphrologues québécois, 63 % des patients qui suivent des traitements de dialyse ne développent pas d'anticorps huit semaines après avoir reçu une première dose de vaccin de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19.

Une étude menée par des néphrologues du Québec montre que plus de la moitié des patients qui suivent des traitements d'hémodialyse, et qui sont souvent immunosupprimés, ne développent pas d'anticorps contre la COVID-19 dans un intervalle de deux mois après avoir reçu une première dose de vaccin.

Or le gouvernement Legault n'a toujours pas appliqué une recommandation de l'Institut national de santé publique (INSPQ) formulée le 9 avril afin d'offrir à cette catégorie de patients une deuxième dose dans un délai de quatre semaines.

Radio-Canada a obtenu les résultats préliminaires de l'étude des néphrologues, qui sera publiée au cours des prochaines semaines dans le Journal de l'Association médicale canadienne.

Selon les premières données analysées, 29 patients sur 46 recevant des traitements de dialyse à l'Hôpital Sacré-Cœur de Montréal n'ont développé aucune réponse immunitaire huit semaines après avoir reçu une première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech, ce qui représente 63 % d'entre eux.

En comparaison, une seule personne sur 16 d'un groupe témoin de travailleurs de la santé s'est retrouvée sans anticorps après avoir reçu une première dose, ce qui représente 6 %. Ces résultats ont été obtenus chez des patients et des travailleurs qui n'avaient selon toute vraisemblance jamais contracté la COVID-19 avant d'être vaccinés.

«Ce n'est pas une surprise», dit la Dre Rita Suri, l'auteure principale de l'étude, qui dirige le département de néphrologie du Centre universitaire de santé McGill. «On sait que les patients dialysés ont un problème avec leur immunité et, parfois, ils doivent recevoir deux ou trois doses d'un vaccin pour obtenir une immunité contre un virus.»

La Dre Suri et ses collègues estiment que les patients dialysés devraient recevoir leur deuxième dose dans un intervalle de trois semaines, et qu'il faut l'administrer le plus rapidement possible à ceux qui ont déjà reçu la première. «On espère que les deuxièmes doses seront disponibles pour les patients dans les unités de dialyse dans quelques semaines», dit-elle.

Les patients aux prises avec une insuffisance rénale sévère sont grandement vulnérables face à la COVID-19. Ils ne peuvent s'isoler à la maison puisqu'ils doivent se rendre à l'hôpital trois fois par semaine pour recevoir des traitements de dialyse, s'exposant ainsi au risque de contracter le virus. Quelque 5000 personnes sont dans cette situation au Québec.

«Une fois infectés, leur taux de mortalité est de 20 à 30 %, ce qui est 10 fois plus important que dans la population générale», est-il écrit dans l'étude des néphrologues québécois.

Si certaines des 55 unités de dialyse de la province ont commencé à administrer une deuxième dose de vaccin à leurs patients, aucune directive uniforme n'a encore été donnée par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

La recommandation de l'INSPQ n'est toujours pas appliquée

Dans sa note rédigée il y a près d'un mois, l'INSPQ recommande que les personnes fortement immunosupprimées et dialysées obtiennent une deuxième dose de vaccin à acide ribonucléique messager (Pfizer-BioNTech, Moderna) quatre semaines après la première.

«Nous analysons la situation afin d'offrir une deuxième dose du vaccin aux personnes visées, plus rapidement que prévu initialement. Nous communiquerons sous peu la mécanique de prise de rendez-vous pour les personnes concernées», a précisé une porte-parole du MSSS.

En conférence de presse mardi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a été incapable de préciser quand les personnes immunosupprimées pourront obtenir une deuxième dose.

«J'ai très hâte de pouvoir leur donner une réponse, mais je dois être capable de mettre en place [la mécanique] en fonction de l'opinion qui va nous être émise. Je suis en attente de cette opinion-là et je vais agir excessivement rapidement», a-t-il assuré.

L'INSPQ fonde sa recommandation sur quatre études, dont celle des néphrologues québécois et une autre menée en Israël, où l'on a mesuré l'efficacité de l'administration de deux doses du vaccin de Pfizer-BioNTech.

Cette dernière publication montre que 96 % des patients hémodialysés ont pu développer des anticorps contre la COVID-19 en recevant leurs deux doses de vaccin dans l'intervalle de 21 jours recommandé par le fabricant. L'étude qualifie leur réponse immunitaire de substantielle, bien qu'elle soit nettement inférieure à celle du groupe témoin.

L'impatience grimpe

À la lumière des résultats de l'étude sur l'efficacité d'une première dose chez les patients dialysés, l'Association des néphrologues du Québec demande au gouvernement Legault d'agir sans tarder pour offrir une deuxième dose.

«Maintenant qu'on a ces données-là, il faut procéder le plus rapidement possible pour protéger les patients, leur assurer une immunité, dit son président, le Dr Robert Charbonneau. C'est particulièrement important, parce qu'ils sont à risque de complications plus graves d'une infection au coronavirus.»

L'Association des patients immunodéficients du Québec dénonce l'absence de consignes claires pour ceux qui ont sont aux prises avec un système immunitaire affaibli. «C'est un flou assez général, parce que non seulement la deuxième dose n'est pas fixée, mais on ne sait pas si elle va fonctionner», dit la directrice générale de l'organisation, Geneviève Solomon.

Certains patients immunodéficients qui sont allés dans les centres de vaccination ont obtenu des rendez-vous pour leur deuxième dose trois à quatre mois plus tard, comme la population générale.

Geneviève Solomon presse Québec de leur donner leur deuxième dose plus rapidement, puisque certains d'entre eux sont confinés chez eux de peur de contracter la COVID-19.

«Il y en a qui ne sont pas sortis depuis le début de la pandémie et qui font tout de la maison, donc il y a de la solitude, de la détresse psychologique. C'est important que ces patients-là puissent développer une réponse immunitaire.»

Les patients dialysés mal protégés par la première dose de vaccin