Karine, ou quand l'inexplicable se produit

© Fournis par La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Si le monde était juste et logique, il y en a certains que la maladie ne viendrait jamais embêter.

Ceux qui sont dans la force de l'âge, qui ont toujours été actifs physiquement, qui ont toujours bien dormi et qui ont toujours eu une alimentation de qualité. Ceux qui n'ont jamais fumé, qui n'ont même jamais été exposés à la fumée secondaire et qui ont toujours consommé de l'alcool avec modération.

Mais le monde est tout sauf juste et logique, alors il y a Karine.

La jeune femme de 38 ans est mère de deux petits enfants, Juliette qui a presque cinq ans, et Léo, qui en aura sept cet automne.

Sa page Facebook regorge de photos d'elle triomphante au sommet de différentes montagnes. Le tabac ou la fumée secondaire? Jamais. L'alcool? De temps en temps, avec modération la fin de semaine, rarement la semaine, comme bien d'autres.

«J'ai toujours bien mangé, a-t-elle raconté lors d'un long entretien téléphonique. Ma mère m'a toujours alimentée avec des bons produits, pas des produits transformés. Elle a toujours tout fait elle-même, ses muffins, ses lasagnes. Elle cuisinait beaucoup et moi je cuisine énormément. Je fais tout moi-même. On mange bien, pas trop de viande, on est équilibrés.»

Et pourtant.

Le fil qui se découd

Une petite douleur au dos, semblable à celle qu'on peut ressentir après avoir trop et mal pelleté, s'installe l'automne dernier. Elle l'attribue tout d'abord au télétravail et à un poste de travail peu ergonomique. Il y a aussi des brûlements d'estomac. Rien d'inquiétant.

C'est lors d'une visite chez le physiothérapeute en décembre qu'elle commence, sans le savoir, à tirer sur un fil qui à ce jour n'en finit plus de se découdre.

«Je pensais que c'étaient des troubles plus musculosquelettiques et qu'il allait pouvoir travailler un peu mon dos, a-t-elle expliqué. Mais il ne voulait pas pousser trop loin parce qu'il trouvait que j'avais des douleurs au ventre et au dos, donc il ne se sentait pas sécuritaire dans sa pratique. Il m'a demandé d'aller consulter mon médecin pour avoir une radiographie de la colonne dorsale, de pousser un peu plus pour pouvoir me traiter avec sécurité.»

Elle voit son médecin quelques jours avant Noël, mais son temps des Fêtes est plombé par la fatigue et une perte d'appétit.

Et à tous les soirs, une douleur au creux du ventre si intense qu'elle passe une heure recroquevillée en boule autour de son sac chauffant.

Une visite à l'urgence le 4 janvier ne donne rien. Son bilan sanguin est exemplaire. Les médecins croient à une gastrite ou à un ulcère.

Mais la jeune résidante de l'Estrie sait très bien qu'elle ne va pas bien. La médication est sans effet. Elle a perdu presque 15 kilos en deux mois. Le médecin prescrit finalement une échographie.

«C'est là qu'ils ont vu qu'il y avait des lésions, qu'il fallait investiguer davantage, a dit Karine. C'est là que ça s'est enchaîné, toute la batterie de tests: un scan (scintigramme), une biopsie du foie, une gastroscopie, un 'PET scan' (tomographie par émission de positrons) en médecine nucléaire... tout ça s'est enchaîné assez rapidement.

«Ça s'est installé sournoisement et de manière foudroyante. Ça a été ultra rapide.»

Le mot en «c»

Le diagnostic tombe finalement: Karine est atteinte d'un cholangiocarcinome, un cancer des voies biliaires. Il y a aussi des lésions sur son foie et des métastases aux poumons et à la tête.

Le cholangiocarcinome est une maladie si rare qu'un expert à qui La Presse Canadienne a demandé des précisions a préféré ne pas se prononcer.


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