Le Québec dans la mire de la NFL

Benjamin St-Juste, Pier-Olivier Lestage et Bruno Labelle © MONTAGE / PHOTOS LA PRESSE CANADIENNE ET COURTOISIE CARABINS DE MONTRÉAL/La Presse canadienne Benjamin St-Juste, Pier-Olivier Lestage et Bruno Labelle

En fin de semaine dernière, trois footballeurs du Québec se sont rapprochés un peu plus de leur rêve de jouer dans la NFL.

Benjamin St-Juste a été repêché au troisième tour par Washington. Pier-Olivier Lestage et Bruno Labelle ont obtenu un contrat avec Seattle et Arizona.

Une fin de semaine historique pour le football québécois. Il est déjà rare de voir des athlètes du Canada attirer l’attention des équipes américaines : trois Québécois en 24 heures, c’est du jamais vu.

Danny Maciocia, directeur général des Alouettes de Montréal, y voit là un signe que le sport est en santé à travers la province. «On le constate, de plus en plus de joueurs peuvent gagner leur vie après l’université en jouant soit dans la Ligue canadienne de football, ou encore dans la NFL.»

«Le crédit revient aux entraîneurs de tous les programmes en place à travers la province». Il estime même que le phénomène prendra en ampleur bien avant de s'essouffler.

Sasha Ghavami, l’agent de Lestage mais aussi de Laurent Duvernay-Tardif, parle de l'avenir avec le même enthousiasme. «C’est phénoménal. Cela témoigne de la qualité du travail accompli par les entraîneurs au Québec. Je leur lève mon chapeau.»

«Ce que je trouve extraordinaire avec ce qui s’est passé en fin de semaine, c’est que ça démontre la multitude des cheminements possibles. Benjamin St-Juste a joué dans la NCAA, il a été repêché. Bruno Labelle est aussi allé aux États-Unis, et il a obtenu un contrat. Puis, Pier-Oliver a signé avec une équipe après avoir été formé au Québec. »

Lestage, un produit des Carabins de l’Université de Montréal, défriche ainsi davantage un chemin qui a déjà été emprunté par quelques pionniers, comme Laurent Duvernay-Tardif.

«Il commence à en avoir quelques-uns, des joueurs issus du réseau canadien qui parviennent à convaincre des équipes américaines», exprime Ghavami. «Certains repêchés, d'autres qui signent des contrats. Il y a eu Anthony Auclair, Marc-André Dequoy, oui, mais d'autres aussi dans le reste du Canada».

Autrefois, un exil vers le sud la frontière était perçu comme une étape nécessaire pour les jeunes footballeurs de la province. Ghavami admet qu’il y a eu une évolution à cet égard. «C’est vrai qu’on entend moins ce discours voulant que la NCAA soit un passage obligé» admet-il.

Les clubs de la NFL ne peuvent plus se permettre d’ignorer les talents venus d’ailleurs. Ceci explique en partie cette petite révolution. «Mais même s’ils observent davantage la vitrine canadienne, encore faut-il qu’il y ait de beaux produits!»

Et de bons produits, il y en a effectivement de plus en plus. Macicoia, qui a recruté Lestage chez les Géants de Saint-Jean-sur-Richelieu, affirme avoir eu des appels de trois équipes à son sujet.

«Les Giants m’ont appelé, Arizona m’a appelé. Il intéressait bien des équipes.» Selon lui, le grand gaillard pourrait surprendre et s’imposer rapidement chez les professionnels. «Je pense qu’il pourrait même voir de l’action, et être en uniforme pour quelques secondes très prochainement.»

Est-il trop tôt pour parler d’un «effet LDT» ?

Duvernay-Tardif est l’un des trois seuls joueurs issus des rangs canadiens à avoir été repêché par un club de la NFL depuis 2010. La presque totalité des quelque 250 espoirs choisis chaque année sont plutôt sortis des écoles américaines.

Est-ce que Ghavami a remarqué une plus grande curiosité des équipes vers le bassin canadien, depuis la conquête du Super Bowl par Duvernay-Tardif et les Chiefs en 2020?

S’il est trop tôt pour l’affirmer, Ghavami avoue à tout le moins que l’histoire de Laurent Duvernay-Tardif a marqué les esprits chez les recruteurs. «Le succès entraîne le succès. Quand je suis en discussion avec les équipes au sujet des jeunes joueurs, l’exemple de Laurent revient souvent. Maintenant, elles connaissent son parcours. Elles savent d’où il vient.»

Laurent Duvernay-Tardif a évolué avec le Phénix du Collège André-Grasset avant de rejoindre l'Université McGill. © Courtoisie Collège André-Grasset Laurent Duvernay-Tardif a évolué avec le Phénix du Collège André-Grasset avant de rejoindre l'Université McGill.

Les exemples des deux protégés de Ghavmi, Laurent Duvernay-Tardif et de Pier-Olivier Lestage, pourraient inciter des espoirs à poursuivre leur apprentissage au Québec, plutôt que de se rendre aux États-Unis. Mais pour l’agent, l’important est surtout que les jeunes disposent d'options différentes.

«Nous ne sommes pas en compétition avec les États-Unis. Ce qu’il faut, c’est que des jeunes joueurs puissent décider où ils étudient, ici ou là-bas, en fonction de leur préférence, de leur champ d’études, de leurs intérêts.», résume-t-il.

Le Québec dans la mire de la NFL