Violence conjugale: les thérapeutes conjugaux veulent être intégrés au réseau public

© Fournis par La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Alors que la pandémie exacerbe les tensions au sein de certaines familles, l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux demande au gouvernement québécois un  accès à la thérapie conjugale et familiale dans le réseau public de santé et des services sociaux.  

Certains des 288 thérapeutes conjugaux et familiaux (TCF) travaillent actuellement dans le réseau public, mais ils ne sont qu’une minorité. 

La majorité des thérapeutes exercent leur profession dans les cliniques privées, comme Julie J. Brousseau, qui a fondé la sienne dans l’Outaouais.

Selon elle, «il est à peu près temps d’avoir un service gratuit dans le réseau» pour les couples et les familles.

En entrevue avec La Presse Canadienne, la thérapeute explique que le coût des consultations dans les cliniques comme la sienne constitue parfois un frein pour les familles, particulièrement pour les plus démunies.

«Il n’y a pas beaucoup d’alternatives pour eux», résume-t-elle.

Lorsqu’une famille cherche de l’aide pour composer avec des troubles de comportement d’enfants ou d’adolescents, des difficultés relationnelles entre parents et enfants ou pour régler des problèmes de couple, elle peut consulter des professionnels dans le réseau public, appelés «agents de relations humaines», mais il n’est pas garanti que ces agents soient des thérapeutes conjugaux et familiaux.

«Ils seront peut-être dirigés vers quelqu’un qui n’est pas un TCF, malheureusement», déplore Mme Brousseau.

Mylène Choquette, thérapeute dans une clinique privée à Bromont, souhaite également que les familles aient accès dans le réseau public à la thérapie conjugale et familiale.

«Actuellement, le système public est beaucoup plus structuré pour des suivis individuels. Nous, on est spécifiquement formé pour intervenir avec plus de deux personnes, donc en couple ou en famille, mais ce n’est pas une méthode nécessairement répandue en psychothérapie et en santé mentale, souligne Mylène Choquette. Parfois, c’est pertinent de faire des processus de thérapie individuels, mais parfois, c’est vraiment plus efficace de prendre les membres d’une famille ensemble».

Éviter des drames

Le président de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux, Pierre-Paul Malenfant, voudrait voir les TCF accompagner les couples et les familles en première ligne «notamment par les guichets de proximité des CLSC, tel que recommandé dans le rapport de la Commission Laurent [afin de prévenir des cas de violence conjugale]», dit-il. 

Julie J. Brousseau est du même avis et croit que des drames, comme certains féminicides qui se sont récemment produits, pourraient être évités si l’accès aux thérapeutes était plus simple, et intégré au réseau de santé publique.

«J’en suis convaincue. On éviterait des drames, si on peut avoir accès à de l’aide. Si on est accompagné, on peut éviter des drames. Il reste à savoir si les gens vont aller consulter, mais lorsqu’on embarque dans le réseau de la santé, il y a tout un engrenage qui se fait et il y a beaucoup plus de repérages d’effectués chez les couples et les familles, alors je pense que ça serait vraiment un atout d’en faire partie».

La pandémie a également exacerbé les difficultés relationnelles au sein des familles, selon Julie J. Brousseau et Mylène Choquette, qui ont noté que les listes d’attentes pour une consultation avaient explosés depuis le début de la crise sanitaire.

La reconnaissance du titre de TCF

Selon l’Ordre, deux conditions doivent être réunies pour que les TCF puissent exercer pleinement leur rôle auprès des couples et des familles qui en ont besoin. En premier lieu, leur titre doit être reconnu au sein du réseau de la santé et des services sociaux, plutôt que d’être catégorisés comme des «agents de relations humaines», une classification qui regroupe plusieurs professions. L’ordre demande également qu’il y ait de nouveaux programmes universitaires permettant d’assurer l'essor de la profession.

«Les cohortes formées à l’Université McGill, qui propose le seul programme de maîtrise en thérapie conjugale et familiale au Québec, ne font que compenser les départs à la retraite », dit Pierre-Paul Malenfant.

Selon lui, reconnaitre le titre des TCF au sein du réseau de la santé générera des milieux de stage pour les étudiants et permettra à de «nouveaux programmes universitaires en thérapie conjugale et familiale de voir le jour», et ainsi augmenter le nombre de thérapeutes dans la province.

«Avec une reconnaissance du titre d’emploi, on pourrait donc augmenter le bassin de professionnels et assurer une meilleure répartition régionale de leur expertise», soutient M. Malenfant.

Dans le cadre de la Semaine des thérapeutes conjugaux et familiaux qui s'amorce lundi, l’Ordre lance une campagne publicitaire sur les médias sociaux, afin d’inviter le public à se familiariser avec le travail de ses membres.

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

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