Nulle trace, de Simon Lavoie : l’expérience cinéma

Le cinéaste Simon Lavoie sur le tournage de son film, Nulle trace. © K-Films Amérique Le cinéaste Simon Lavoie sur le tournage de son film, Nulle trace.

Primé au festival de Slamdance, le film de Simon Lavoie prend l’affiche en salle le 7 mai

Un futur proche dessiné dans un noir et blanc saisissant. Un lieu indéterminé mais inhospitalier. Une femme sur une draisine qui vit de contrebande, et une autre, pieuse, cheminant vers la frontière avec son bébé. "Je voulais aller le plus loin possible dans l’abstraction dans un film tout de même narratif. On n’a aucune contextualisation, les personnages n’ont pas de background [historique], on ne connaît pas les enjeux… mais l’idée, c’était de s’élever au-dessus des technicalités, des causalités, des enjeux politiques et sociaux pour aller vers un discours plus philosophique", précise le réalisateur Simon Lavoie (Le torrent, La petite fille qui aimait trop les allumettes). Nulle trace, gagnant du prix du jury au dernier festival de Slamdance, prend l’affiche le 7 mai. Nous avons rencontré le réalisateur.

Nulle trace, de Simon Lavoie © K-Films Amérique Nulle trace, de Simon Lavoie

 Je suis un peintre raté (rires) maintenant converti en modeste collectionneur qui court les encans pour ramasser des petits formats. Mais pour répondre, c’est peut-être lié au noir et blanc. J’ai l’impression que le noir et blanc, en annulant toute couleur, permet de se concentrer sur les lignes, les formes, le vide, le plein, les textures… Ça se rapproche plus du dessin en effet. On s’attarde plus à la composition et à la force du cadrage. Mais évidemment, l’écueil est de faire des images trop pittoresques, trop bien cadrées, alors je dois parfois me faire violence pour éviter ces règles de composition classique. J’aime beaucoup L'Évangile selon saint Matthieu, de Pasolini, où c’est cadré tout croche, à l’épaule, de manière frontale, mais c’est tellement plus puissant.

Nulle trace, de Simon Lavoie © K-Films Amérique Nulle trace, de Simon Lavoie

  Le personnage joué par Monique Gosselin est aux confins du nihilisme; elle est complètement matérialiste, elle ne croit qu’en son arme à feu et ses capacités. Il n’y a rien qui la transcende; elle est violemment athée, contrairement au personnage joué par Nathalie Doummar, qui est pieuse, a toutes sortes de rituels et fait face à ce monde où elle est constamment en danger par une espèce de force tranquille, de confiance. Mais elles réussissent à entrer en contact. Et dans le personnage de Monique, quelque chose se fissure et la fait renouer avec une part d’humanité qui était enfouie, et elle décide de secourir cette femme étrangère si éloignée d’elle.

J’avais l’impression que ce questionnement résonnait avec ce qu’on vit aujourd’hui. Au niveau personnel, cette volonté de questionner le sens de la vie m’habite depuis longtemps. Et comme le personnage de Monique, dont la circonspection se transforme en fascination pour celui de Nathalie, les gens qui ont la foi me fascinent. J’aimerais croire, mais je n’en suis pas capable.

Nulle trace, de Simon Lavoie © K-Films Amérique Nulle trace, de Simon Lavoie

 Pour Monique, j’ai tâtonné beaucoup avant de la choisir, mais je suis assez fier de dire qu’elle est mon personnage principal. C’est une actrice qui a beaucoup joué, mais qu’on a peu remarquée. Je trouve qu’elle a quelque chose de touchant, de fragile : cette femme un peu trapue, renfrognée, avec ses doigts pleins d’arthrite, qui se mariait presque avec sa draisine, avec son costume, avec le paysage. Et elle avait ce bagout, cette québécitude, cette propension au naturalisme.. À l’inverse, Nathalie est plus solaire, avec une beauté noble et un peu froide.


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