Hockey scolaire: la ministre Charest peut-elle rétablir la paix?

Joé Juneau © Luc Robida/Radio-Canada Joé Juneau

Joé Juneau en a assez des guéguerres de pouvoir et de structures qui se jouent dans les coulisses du hockey scolaire au Québec. Il souhaite donc rencontrer la ministre responsable des Sports, Isabelle Charest, pour régler la question.

On parle de l’avenir de nos jeunes. C’est ça l’enjeu. Si mon ambition avait juste été de m’impliquer dans le monde du hockey, j’aurais pu rester dans la LNH et peut-être que j’occuperais aujourd’hui un très haut poste quelque part. Mais ce n’est pas ça du tout. J’ai choisi de redonner à la communauté et d’aider des jeunes à connaître un parcours semblable au mien.» 

J’ai toujours voulu faire du hockey par l’école et lier le sport au développement de la personne. Je suis capable de démontrer les succès que moi ou d’autres récoltons année après année. Et là, des gens qui travaillent dans des cubicules essaient de nous empêcher de faire du travail de terrain pour les jeunes. Pour moi, c'est inacceptable », explique Juneau, au bout du fil. 

Nommé président de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LHPS) en mars dernier, Joé Juneau se retrouve depuis au centre d’un conflit comme seul le milieu sportif québécois semble en avoir le secret. J’avais déjà effleuré le sujet dans une chronique précédente.

En gros, la LHPS a complètement changé le portrait du hockey québécois lorsqu’elle a été créée, il y a 11 ans. Les fondateurs de la LHPS trouvaient inacceptable qu’il soit interdit de mettre sur pied des programmes de hockey scolaire d’excellence au Québec. (On parle ici de programmes administrés et dirigés exclusivement par des écoles et non par des associations civiles.)

La LHPS, dont le modèle s’inspirait des prep schools américaines, s’est rapidement mise à grossir à l’extérieur des cadres de Hockey Québec. Sa grande popularité a notamment forcé HQ à cesser de mettre des bâtons dans les roues aux hockeyeurs talentueux qui souhaitaient pratiquer leur sport favori à l’école de leur choix. Ainsi, les équipes de hockey membres du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) ont fini, elles aussi, par avoir le droit de recruter les joueurs de leur choix et de relever la qualité de leurs programmes.

Cette forte éclosion du hockey scolaire québécois est un phénomène unique au Canada. Et elle commence à produire des effets intéressants, notamment dans la région de la Mauricie. Par ailleurs, quelques-uns des meilleurs espoirs québécois en vue du prochain repêchage de la LNH, l’attaquant Zachary Bolduc (Océanic de Rimouski) et Guillaume Richard (Storm de Tri-City/Université du Maine), ont fait une importante partie de leur apprentissage au sein de la LHPS.

Zachary Bolduc, joueur (#15) de l'Océanic de Rimouski © Océanic / Iften Redjah Zachary Bolduc, joueur (#15) de l'Océanic de Rimouski

Au milieu des années 2010, la LHPS est devenue membre de Hockey Québec. D’une part, la fédération ne pouvait continuer à ignorer un aussi gros regroupement dans le paysage du hockey québécois. D’autre part, les écoles membres de la LHPS jugeaient que le soutien technique de la fédération allait leur être bénéfique. Par contre, les membres de la LHPS ont toujours tenu à garder le contrôle de leurs opérations.

Toutefois, depuis plusieurs années, le ministère de l’Éducation (qui chapeaute les sports au Québec) fait pression pour que la LHPS se saborde afin que ses 24 écoles et 112 équipes deviennent membres du RSEQ. Le gouvernement reconnaît le RSEQ comme le seul mandataire en matière de sport étudiant au Québec. 

Les fonctionnaires du ministère ont même imposé une date limite à cette assimilation: les écoles membres de la LHPS doivent adhérer au RSEQ le 31 mai prochain, à défaut de quoi leurs programmes seront déclarés illégaux », entend-on à travers les branches.

Des programmes de hockey scolaire illégaux? Vraiment?

Dans une lettre adressée à la ministre Charest, Joé Juneau explique qu’une harmonisation du hockey scolaire pourrait être bénéfique si la LHPS et le RSEQ parvenaient à fusionner leurs meilleures pratiques pour devenir une vraie structure d’excellence. Mais à ses yeux, le RSEQ ne poursuit pas cet objectif.

En entrevue, il renchérit. Ce sont des passionnés qui ont lancé les programmes de la LHPS. Ça fonctionne bien, ça paraît bien, et le RSEQ essaie de venir se l’approprier. Mais ils n’ont jamais été là comme bâtisseurs. Et ce qui ressort de nos discussions avec eux, c’est qu’ils veulent simplement prendre le contrôle de la LHPS et en changer l’identité. C’est un grand manque de respect et c’est inacceptable, pas juste pour les directeurs nos programmes, mais aussi au nom des jeunes pour qui on travaille. On ne lâchera pas prise sur quelque chose qui est une énorme valeur ajoutée pour notre société. »

Nos membres n’ont rien contre le RSEQ. Mais ils tiennent à faire part des décisions prises chaque année pour le bien des jeunes. Ils veulent faire partie d’une équipe, être impliqués et informés. Ils ne veulent pas se faire dicter une ligne à suivre par des gens qui n’ont pas l’expérience du terrain que la plupart d’entre nous avons et qui ne semblent pas comprendre ce que la LHPS a réussi depuis 2010 », estime Joé Juneau. 

Les négociations entre la LHPS et le RSEQ se sont si mal déroulées que, récemment, malgré la pression exercée par les fonctionnaires du ministère, une très forte majorité des écoles membres de la LHPS ont refusé l’entente proposée par le RSEQ. Le volet hockey du RSEQ est coordonné depuis septembre 2019 par l’ancien arbitre de la LNH, Stéphane Auger.

L’ex-président de la LHPS, Mathieu Darche (maintenant directeur des opérations du Lightning de Tampa Bay), se souvient qu’il y a quatre ans, les rencontres (organisées par HQ) auxquelles participaient conjointement la LHPS et le RSEQ n’étaient pas empreintes d’un esprit de collaboration.

Elles étaient tumultueuses, je dirais. C’est difficile d’établir un climat de confiance dans de telles circonstances. (...) De loin, je continue à suivre ce qui se passe au Québec. Et je trouve pour le moins ironique que la ligue qui a innové et changé la face du hockey québécois soit celle qu’on veuille rayer de la carte », dit-il.

Pour toutes ces raisons, Joé Juneau estime que la ministre Charest est la seule qui puisse réinstaurer le calme dans le monde du hockey scolaire en mettant fin à cet étrange projet de prise de contrôle hostile de la LHPS par le RSEQ. Il y a certainement des problèmes beaucoup plus urgents à régler dans le milieu du hockey par le temps qui court.

Je crois que ce serait important qu’on puisse rencontrer la ministre. Il y a des enjeux, que j’estime importants, qui sont débattus. Ce serait sans doute bénéfique si elle pouvait entendre des gens qui travaillent sur le terrain et qui ont beaucoup de vécu dans le monde du hockey scolaire », plaide-t-il. 

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