​Photos intimes publiées sur Telegram: un travail d’enquête «titanesque» attend le SPVM

Une cinquantaine de personnes ont manifesté dimanche dernier au centre-ville afin de dénoncer cette situation. © Jean-Louis Bordeleau Le Devoir Une cinquantaine de personnes ont manifesté dimanche dernier au centre-ville afin de dénoncer cette situation.

Un travail d’enquête « titanesque » attend le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qui demande l’aide du public pour retrouver le groupe d’individus derrière le partage de milliers de photos intimes de femmes diffusées sans le consentement des victimes sur un réseau social.

Ces photos de femmes nues ont circulé sur un fil de discussion créé à la fin du mois d’avril sur la plateforme Telegram qui a rapidement regroupé plus de 3200 participants anonymes.

Une Montréalaise, Angela Figueroa, a d’ailleurs organisé une manifestation qui a réuni une cinquantaine de personnes dimanche dernier au centre-ville afin de dénoncer cette situation. Elle a aussi lancé une pétition la semaine dernière pour réclamer la fermeture de ce fil de discussion et l’arrestation des individus derrière ce partage de photos intimes, qui a bouleversé la vie de plusieurs femmes. Celle-ci a depuis recueilli plus de 6000 signatures.

« On veut informer le public qu’on est au courant de la situation et qu’on prend ça au sérieux », a assuré vendredi au Devoir la relationniste Véronique Comtois, du SPVM. Le corps de police a d’ailleurs publié un communiqué vendredi pour inviter toute personne qui aurait des informations sur cette affaire à communiquer de façon anonyme avec Info-Crime Montréal.

« Rappelons qu’un suivi rigoureux est fait pour chaque signalement. Quant à l’accompagnement des victimes, il est prioritaire et assuré avec beaucoup de sérieux », assure le SPVM, qui mène cette enquête avec le corps de police de Laval et la Sûreté du Québec.

« De par la nature sécuritaire de la plateforme, ce n’est pas facile de trouver l’information et d’en faire le tri. De cette manière-là, [les enquêteurs] risquent de se faire aider par les utilisateurs qui nagent et baignent dans ces informations », analyse l’expert en cybersécurité Steve Waterhouse, en entrevue au Devoir. Les policiers espèrent ainsi « trouver des filons » pour faire avancer leur enquête et éventuellement procéder à des arrestations.

Un travail « titanesque »

Cette enquête s’annonce toutefois complexe. L’application Telegram permet de partager des photos, des vidéos et des images tout en assurant un respect optimal de la confidentialité. La multiplication des partages et des modifications apportées aux photos intimes vient aussi complexifier le travail des policiers qui tentent de trouver les personnes à l’origine de la diffusion de ces clichés sur le réseau social, explique M. Waterhouse.

« C’est vraiment un travail titanesque qui attend les enquêteurs. Et chaque fois qu’il y a une utilisation de la technologie pour commettre des crimes, c’est là que c’est difficile de baser cette preuve-là », ajoute l’expert. Il donne à titre d’exemple l’enquête sur le vol massif de données à Desjardins entamée en 2019 et qui n’a toujours pas mené à des accusations criminelles à l’égard des principaux « sujets d’intérêt ».

Ce qui est « le plus dommage » pour les victimes, dans les cas de partage de photos intimes sur les réseaux sociaux, c’est que pendant que les enquêtes s’éternisent, ces clichés continuent de circuler sur la Toile, souligne l’expert. Ce dernier demande ainsi aux citoyens de faire preuve de prudence afin de prévenir les « fuites » de photos intimes sur la Toile.

« Ça a un impact sur la santé mentale, sur leur avenir, ça a un impact sur tout. Il ne faut pas blâmer la femme qui envoie la photo à quelqu’un, il faut blâmer la personne qui la publie », estime pour sa part la militante féministe Éloïse Marinier. Cette dernière s’est tournée vers les réseaux sociaux dans les derniers jours pour dénoncer le partage de photos intimes sur la plateforme Telegram, mais aussi les propos vulgaires qui ont été publiés sous ces clichés.

« Il faut qu’il se passe quelque chose. S’il ne se passe rien, ça envoie le message que ça peut continuer », ajoute la jeune femme de 18 ans, qui espère donc que l’enquête en cours mènera à des arrestations.

​Photos intimes publiées sur Telegram: un travail d’enquête «titanesque» attend le SPVM