Nouvelle offensive pour Hydro-Québec aux États-Unis

Au moins 8,5 millions de dollars canadiens ont déjà été injectés en 2020 par le comité Hydro-Québec Maine Partnership, mis sur pied par la société d’État, selon La Presse canadienne. © Olivier Zuida Le Devoir Au moins 8,5 millions de dollars canadiens ont déjà été injectés en 2020 par le comité Hydro-Québec Maine Partnership, mis sur pied par la société d’État, selon La Presse canadienne.

Les efforts de promotion d’Hydro-Québec pour son projet de ligne de transport dans le Maine ne s’estompent pas. La société d’État vient de remonter le plafond de son contrat avec la firme de relations publiques Forbes Tate Partners jusqu’à plus de 920 000 dollars canadiens.

Ce corridor énergétique dans le Maine qui vise à exporter de l’électricité vers le Massachusetts fait l’objet d’une vive contestation. Il doit se retrouver au cœur d’un référendum en novembre prochain, après une première tentative référendaire avortée l’automne dernier.

Le contrat prévoit notamment une veille médiatique, des sondages, de la recherche et du « développement de message » pour défendre l’intérêt du New England Clean Energy Connect (NECEC). Des organisateurs locaux doivent aussi identifier des personnes ou des organisations en faveur du projet et les « encourager à exprimer leur soutien », mais sans rémunération, est-il précisé.

La firme basée à Washington doit aussi faire le suivi des dépenses publicitaires. « On constate que l’opposition à ce projet, financée largement par des compétiteurs du domaine de l’énergie, surtout des pétrolières et gazières, dissémine de la fausse information sur le projet et sur l’hydroélectricité du Québec », affirme Lynn St-Laurent, conseillère stratégique pour Hydro-Québec. Cette « opposition qui ne démord pas », dit-elle, a convaincu de poursuivre le travail d’influence.

Au moins 8,5 millions de dollars canadiens ont déjà été injectés en 2020 par le comité Hydro-Québec Maine Partnership, mis sur pied par la société d’État, selon La Presse canadienne.

En commission parlementaire, jeudi après-midi, la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, a qualifié les entreprises alimentant l’opposition au projet d’« extraordinairement agressives ». « Il est prouvé que le principal antagoniste du projet de construction dans le Maine est financé à hauteur de 95 % par les entreprises d’énergies fossiles qui ont payé 35 $ des gens pour aller récolter des signatures pour la tenue d’un référendum », a-t-elle soutenu.

Divers fronts critiques

Après des campagnes de signature de pétitions et ce référendum annoncé, une nouvelle fronde est maintenant lancée par le commentateur d’extrême droite Tucker Carlson. Personnalité vedette de Fox, il a consacré le dernier épisode de son émission hebdomadaire à dénoncer ce projet, qu’il qualifie « d’escroquerie d’énergie verte [green energy scam] ».

M. Carlson en veut à « des compagnies étrangères », c’est-à-dire Hydro-Québec, qu’il accuse de mettre en danger « la plus grande forêt des États-Unis ». L’animateur controversé se retrouve ainsi dans une rare et étrange alliance avec des groupes environnementalistes, lui qui nie les changements climatiques. Il a déjà déclaré qu’il passait tous ses étés dans la région du Maine.

Au Québec, ce projet de corridor énergétique est aussi contesté par cinq communautés autochtones. Au total, 103 kilomètres de cette ligne de transport se retrouveront de ce côté-ci de la frontière. « La Coalition de nos cinq Premières Nations a formellement avisé la Régie de l’énergie du Canada de son opposition à ce projet », écrivait la Coalition Innu-Atikamekw-Anishinabeg en janvier dernier.

La décision de la Régie de l’énergie du Canada viendra « d’ici la fin du printemps », a indiqué jeudi Mme St-Laurent. Hydro-Québec espère pouvoir acheminer de l’hydroélectricité pendant 20 ans au Massachusetts avec le NECEC, un contrat dont les revenus sont estimés à environ 10 milliards $US. En territoire américain, les travaux pour le tracé de 233 kilomètres ont commencé en février.

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