Électrochocs, LSD et lavage de cerveau : les cobayes de la CIA à Montréal

Le Dr Cameron croyait en l’utilisation de la privation de sommeil, des traitements par électrochocs et des médicaments hallucinogènes tels que le LSD pour éliminer les maladies mentales. © CBC/Radio-Canada Le Dr Cameron croyait en l’utilisation de la privation de sommeil, des traitements par électrochocs et des médicaments hallucinogènes tels que le LSD pour éliminer les maladies mentales.

Samedi sera diffusé, en primeur sur les ondes d’ICI Télé, le documentaire MK-ULTRA : la fin du silence, qui retrace l’histoire abracadabrante d’un programme de recherche controversé de la CIA dont les tentacules se sont étendus jusqu’ici, à Montréal. Plus précisément à l’Institut Allan Memorial, qui a été le théâtre il y a 60 ans d’expériences secrètes de lavage de cerveau sur des cobayes qui n’avaient aucune idée du sort qui les attendait.

Ce sujet a déjà été abordé dans le balado Brainwash : les cobayes oubliés, adaptation française d’un balado de CBC disponible sur l’application OHDio. Mais le documentaire de la reporter Rose-Aimé T. Morin et de la réalisatrice Maude Sabbagh va plus loin, en accompagnant les proches des victimes dans leur quête judiciaire pour obtenir réparation, des décennies plus tard.

Dans les années 1950, la Central Intelligence Agency (CIA) était convaincue que les régimes communistes à travers le monde avaient trouvé une façon de laver le cerveau et de contrôler l’esprit des membres de leur population. Pour rattraper son «retard », l’agence américaine a donc mis sur pied un programme de recherche, le MK-Ultra, qui s’est déployé dans plusieurs pays, dont le Canada.

En plein cœur de la guerre froide, l'idée était d’anéantir la personnalité d’un individu, de le «déprogrammer » pour ensuite pouvoir le contrôler mentalement à des fins militaires.

Certaines des expériences les plus extrêmes se sont déroulées ici, à Montréal, à l’Institut Allan Memorial de l'Université McGill, où le psychiatre de renommée internationale Donald Ewen Cameron employait des méthodes douteuses sur ses patients et ses patientes, dans l’espoir affirmé de les libérer de divers troubles de santé mentale.

Séances massives d’électrochocs, gavage de cocktails de médicaments, privation sensorielle : le Dr Cameron, poussé par une ambition maladive, n’hésitait pas à sortir l’artillerie lourde pour mettre ses hypothèses à l’épreuve.

Il faudra attendre une série d’articles du journaliste Seymour Hersh au sujet des activités illégales de la CIA, au milieu des années 1970, pour connaître l’existence de MK-Ultra. Sa pleine teneur n’a été révélée qu’en 2007.

«Dans le contexte médical de l’époque, en 1964, mon père, lorsqu’il a été référé au Allan Memorial, il s’en allait rencontrer la sommité de ce domaine-là», raconte Gisèle Trudeau, la fille d’un de ces cobayes, en entrevue avec Catherine Richer, chroniqueuse culturelle à l'émission Le 15-18.

«Il était déjà vulnérable, il était déjà en dépression, alors il a fait confiance aveuglément à cet homme-là, [le Dr Cameron], qui était le meilleur psychiatre au monde. Il n’a pas remis en question les traitements qu’on lui a proposés.»

Le père de Gisèle Trudeau, Denis, est décédé dans des circonstances troublantes en 1976, après avoir passé une période de temps indéterminée à l’Institut Allan Memorial, d’abord référé par le service médical de son entreprise pour une simple dépression.

Aujourd’hui, sa fille ne veut qu’une chose : avoir accès au dossier médical de son père, ce que lui refuse systématiquement l’institut médical, qui prétend que Denis Trudeau n’a jamais été traité par le Dr Cameron. Depuis des années, elle ne sait toujours pas la teneur précise des expériences qui ont été menées sur son père, ni même combien de temps il a passé à l'Institut Allan Memorial.

Des histoires similaires à celle de Gisèle Trudeau, il y en a des dizaines et des dizaines. Une soixantaine de familles, représentées par deux femmes courageuses, anticipe maintenant la prochaine convocation à la Cour supérieure du Québec, le 18 mai prochain, alors que les juges se pencheront sur le recours collectif déposé par les proches des victimes contre le gouvernement canadien.

MK-ULTRA : la fin du silence, un documentaire de Rose-Aimé T. Morin et Maude Sabbagh à voir sur ICI Télé, à 22h30.

Avec les informations de Catherine Richer, chroniqueuse culturelle au 15-18.

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