Épuisement professionnel : un enseignant raconte son histoire pour aider

Félix Arguin a vécu un épuisement professionnel alors qu'il cumulait de très nombreuses heures de travail. © MARIE-CLAUDE LYONNAIS/Radio-Canada Félix Arguin a vécu un épuisement professionnel alors qu'il cumulait de très nombreuses heures de travail.

Félix Arguin vivait à 100 milles à l’heure : père de quatre enfants, enseignant de français au Séminaire de Sherbrooke, contractuel à l’Université de Sherbrooke, entrepreneur, tout semblait lui réussir. Il reçoit le Prix du Premier ministre du Canada pour l'excellence dans l'enseignement, celui de la Fédération des écoles privées du Québec pour l’innovation au secondaire, devient ambassadeur de la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, gagne le Mérite estrien.

Puis un jour, le corps et la tête n’en peuvent plus. Épuisement professionnel. Pour cet homme, qui carburait à la performance et à l’adrénaline, l’arrêt fut brutal. Dans le cadre de la Semaine de la maladie mentale, Félix accepte de raconter cet épisode difficile de sa vie vécu durant le confinement.

C’est un événement majeur dans votre vie, le cancer de votre conjointe alors que vos filles étaient toutes âgées de moins de 10 ans, qui est venu bouleverser encore plus votre rythme de vie déjà hyperactif?

Quand ma conjointe est tombée malade, il a fallu que j’envisage la possibilité d'être le pilier de la famille pendant un bout. Je me suis lancé dans un projet de compagnie. Je me suis dit que mon salaire d'enseignant ne suffirait pas et qu'il fallait que je trouve des revenus ailleurs.

Cela a commencé par l'idée d'une compagnie [spécialisée dans les environnements d’apprentissage numérique], comme ça, avec un collègue. Le projet a pris de l'ampleur quand même assez rapidement et on a été un peu dépassé par ça. Notre réflexe a été de dire : «On ne peut pas l'échapper là. Ça commence à lever, ce n’est pas le temps de ralentir, ce n’est pas le temps d'abaisser la cadence, au contraire, il faut tout donner.»

Cela a bien marché. Ça a tellement bien marché qu'on a eu beaucoup de contrats. À force d'en avoir toujours plus et de gérer 18 chaudrons en même temps, un moment donné, j'ai perdu le fil complètement.

À mes yeux, c'était vraiment la chose à faire pour assurer l'existence de la famille. Quand j'y pense comme il faut, je n’avais pas besoin de tout ça. J'aurais pu faire seulement quelques heures par semaine. Me limiter et me contenter de ça. Mais c'est facile de se laisser séduire par ces sirènes-là.

Aujourd’hui, votre conjointe va très bien. Mais, à ce moment-là, est-ce que le travail était devenu un refuge, un moyen de fuir cette épreuve?

Probablement. C’était paradoxal parce que je sais que ma blonde a souffert du fait que je n'étais pas souvent là. Même quand j'étais là de corps, je n'étais pas présent d'esprit.

La charge mentale était considérable pour elle aussi, parce qu'elle assurait tout pour ce qui est des enfants. Moi, j'en faisais un peu, mais j'étais sur le pilote automatique. Je justifiais le fait que je n’intervienne pas avec les enfants par le fait que j'étais occupé.

Je trouvais ça aussi insatisfaisant de me retrouver dans ce rôle-là [de pourvoyeur]. En même temps, je sentais le devoir moral de le faire. Oui, de la fuite, mais aussi de la culpabilité dans le sens que j’avais l'impression de ne pas en faire assez pour ma famille. Je n'étais pas là visiblement pour mes enfants. Je me disais, je vais compenser ailleurs.

Ma valorisation, j'allais la chercher quand j'avais un nouveau client, quand j'allais chercher une distinction, quand j'allais faire une entrevue à Radio-Canada.

C’était toujours une belle occasion de briller, mais en même temps ça me donnait quoi? De la visibilité pendant deux jours et après ça, c'était à recommencer. Je ne le faisais pas pour les bonnes raisons.

J'étais constamment à la recherche de quelque chose que le monde extérieur n'était pas capable de me donner. Je devais apprendre à me le donner moi-même.

Félix Arguin et Guillaume Laporte ont reçu le Prix du Premier ministre du Canada pour l'excellence dans l'enseignement, lors d'une cérémonie à Ottawa en 2018. © Facebook Félix Arguin et Guillaume Laporte ont reçu le Prix du Premier ministre du Canada pour l'excellence dans l'enseignement, lors d'une cérémonie à Ottawa en 2018.

Comment l’épuisement s’est manifesté?

Troubles de sommeil. Je n'étais plus capable de dormir sur de longues périodes.

Je pouvais faire des nuits d'une heure et demie, deux heures. Ça a duré peut-être trois semaines, un mois comme ça. C'était l'enfer. À un moment donné, le corps lâche. J'étais comme un zombie, j'avais tout le temps mal au ventre.


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