Désespérées par les délais d'immigration, des infirmières songent à quitter le Québec

Anaïs Mégard est infirmière à l'Institut de cardiologie de Montréal. Elle déplore, comme tant d'autres immigrants, la complexité pour obtenir sa résidence permanente. © Davide Gentile/Radio-Canada Anaïs Mégard est infirmière à l'Institut de cardiologie de Montréal. Elle déplore, comme tant d'autres immigrants, la complexité pour obtenir sa résidence permanente.

« J’ai juste envie de demander au gouvernement du Québec s’il veut que l’on démissionne », lâche, à regret, Virginie Verove.

Infirmière au CHUM depuis 2018, cette Française avait été séduite par les arguments présentés par Recrutement santé Québec (RSQ), lors d’une mission de cet organisme chargé d’attirer des travailleurs étrangers de l’autre côté de l’Atlantique.

Les longues démarches administratives et les attraits promis par d’autres provinces amènent toutefois de plus en plus d’infirmières étrangères comme elle à envisager de quitter le Québec.

Comme tant d’autres qui ont confié leurs déceptions à Radio-Canada, Virginie Verove ne cache pas sa frustration, alors qu’elle peine désormais à finaliser sa demande d’immigration.

«Tout est fait pour que ce soit facile d’arriver ici, mais ça se complique si on veut rester», ajoute Anaïs Mégard, une autre infirmière française qui travaille, depuis 2019, pour l’Institut de cardiologie de Montréal.

Pour immigrer au Québec, chaque travailleur qualifié doit au préalable obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ). Puis, le dossier est envoyé au fédéral, qui octroie la résidence permanente en fonction des seuils d’admission fixés par le gouvernement du Québec.

Au total, cette procédure prend, à l'heure actuelle, près de trois ans, dont 27 mois uniquement pour l’étape fédérale.

Le fédéral accélère les démarches, mais pas Québec

Mais cet échéancier est bien différent dans les autres provinces, où il y a environ six mois d’attente. En dehors du Québec, le processus d’immigration est uniquement géré par le gouvernement fédéral.

«Il y a une vague d’infirmières qui pensent à partir», confie Julie Maurel.

Arrivée en 2018, cette infirmière française se dit «face à un mur». Surtout après l’annonce, récente, du gouvernement fédéral qui offre une voie accélérée à la résidence permanente à près de 90 000 travailleurs essentiels. L’une des conditions? Ne pas vivre au Québec, puisque le gouvernement Legault a refusé de participer à ce programme.

«C’est très dur de rester là, on se pose des questions», ajoute-t-elle, en évoquant les problèmes liés à l’attente de cette résidence permanente. Sans ce précieux document, il peut être difficile de renouveler des permis de travail, d’avoir accès à une assurance maladie gratuite ou à des prêts bancaires.

Loudia Ghars a décidé de quitter le Québec afin d'obtenir plus rapidement sa résidence permanente. © /Radio-Canada Loudia Ghars a décidé de quitter le Québec afin d'obtenir plus rapidement sa résidence permanente.

Loudia Ghars n’a pas tergiversé. L’été dernier, elle a quitté Gatineau pour Ottawa. Quelques kilomètres qui changent complètement la donne. «Les délais [d’immigration] sont bien différents», commente la jeune femme, qui s’est inscrite au College of Nurses of Ontario.


Vidéo: La Commission Laurent publie son rapport (Le Devoir)

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